L'histoire
Pepperstone a été fondée en 2010 à Melbourne par Owen Kerr, informaticien de formation, et Joe Davenport, qui venait du courtage forex. Leur constat de départ était simple : personne ne faisait de courtage à prix cassé sur le change. Ils visaient les spreads serrés, l'exécution rapide et une infrastructure technique supérieure — un positionnement de discounter technologique, pas de généraliste.
La trajectoire ensuite :
- La licence australienne complète n'arrive qu'en février 2013, soit près de trois ans après le lancement.
- En 2013, la société collabore avec le régulateur australien et la police fédérale sur ce qui sera présenté comme la plus grande affaire de délit d'initié de l'histoire australienne.
- En 2014, elle est classée première des Fast Starters par la presse économique australienne, avec 60 millions de dollars de revenus et 66 % de croissance. Les deux fondateurs, alors âgés de 29 ans, sont élus entrepreneurs de l'année.
- 2015 : expansion européenne, ouverture de Londres, licence britannique en mai.
- 2016 : un fonds de capital-investissement australien prend une participation majoritaire. La société traitait alors plus de 100 milliards de dollars de volume de change mensuel.
- 2018 : les fondateurs et l'équipe dirigeante rachètent la participation du fonds.
- 2020 et 2021 : licences allemande puis kényane, en réponse notamment au Brexit.
- 2024 : partenariat avec TradingView, qui devient l'une des interfaces de trading proposées.
Un épisode mérite d'être relevé. Vers 2014, les fondateurs ont publiquement étudié une introduction en bourse à Sydney, une opération qui les aurait valorisés à plusieurs centaines de millions. Ils ne l'ont jamais faite. La société est restée privée.
Pourquoi ce choix vous concerne directement
C'est le point central de ce message.
Dans le message précédent sur XTB, j'expliquais qu'un courtier coté est un manuel d'éducation financière : ses comptes trimestriels révèlent d'où vient l'argent, et notamment quelle part provient du fait d'être la contrepartie perdante de ses clients.
Avec un courtier privé, cette vérification est impossible.
Vous ne savez pas quelle proportion des ordres est réellement transmise au marché et quelle proportion est internalisée. Vous ne connaissez ni la rentabilité, ni la structure de revenus, ni la solidité du bilan au-delà de ce que les régulateurs exigent de publier. Vous n'avez que le discours commercial de l'entreprise et les données réglementaires minimales.
Ce n'est pas une accusation — rester privé est parfaitement légitime, et beaucoup d'excellentes sociétés le font. C'est une
asymétrie d'information qu'il faut simplement intégrer. Face à un courtier coté, vous pouvez vérifier. Face à un courtier privé, vous devez faire confiance.
Le modèle affiché est celui de l'exécution sans table de négociation, avec des spreads bruts et une commission séparée. C'est un modèle honnête et cohérent : la société gagne sur le volume, pas sur vos pertes. Mais dans les faits, vous ne pouvez pas le vérifier dans des comptes audités, et c'est précisément la différence.
Le point le plus important : vous ne signez pas avec « Pepperstone »
Voici ce que presque aucun comparatif n'explique correctement, et qui vaut pour tous les courtiers multi-entités.
La marque est unique, mais le groupe opère à travers des sociétés distinctes, sous des régulateurs différents, avec des protections radicalement différentes :
- Entité britannique, régulée par la FCA : garantie du fonds de compensation britannique jusqu'à 85 000 livres, levier plafonné à 30:1 pour les particuliers.
- Entité chypriote, régulée par la CySEC : fonds d'indemnisation européen jusqu'à 20 000 euros, mêmes plafonds de levier européens.
- Entité allemande, régulée par la BaFin : cadre européen équivalent.
- Entité australienne, régulée par l'ASIC : pas de mécanisme public d'indemnisation comparable pour les investissements.
- Entités des Bahamas et du Kenya : leviers nettement supérieurs, protections nettement plus faibles, et la protection contre les soldes négatifs n'y est pas garantie de la même façon.
Autrement dit, le même nom commercial recouvre des niveaux de protection qui vont de 85 000 livres garanties à rien du tout.
La seule chose qui compte est le nom exact de l'entité inscrite sur votre convention de compte. Allez le vérifier maintenant, si vous êtes client de quelque courtier international que ce soit.
Le piège du statut de client professionnel
Un sujet peu traité, et important pour ceux qui envisagent des leviers élevés.
Il est possible, dans le cadre européen, de demander à être requalifié en client professionnel si l'on remplit certains critères — volume de transactions, taille de portefeuille, expérience du secteur financier. L'avantage est immédiat : les plafonds de levier applicables aux particuliers ne s'appliquent plus, et l'on peut accéder à des multiples très supérieurs.
Ce que l'on abandonne en échange est moins visible :
- Les protections spécifiques aux clients non professionnels tombent, en tout ou partie selon les entités.
- L'éligibilité aux mécanismes d'indemnisation des investisseurs peut être affectée.
- Les obligations d'information et d'avertissement du courtier à votre égard sont allégées — vous êtes réputé savoir.
- Le levier accru s'accompagne mécaniquement d'une probabilité de ruine accrue, indépendamment de la qualité de votre stratégie.
Le régulateur européen a mis en place ces protections après le décrochage du franc suisse de janvier 2015, où des clients particuliers se sont retrouvés avec des dettes envers leur courtier. Y renoncer est un choix légitime pour quelqu'un qui sait exactement ce qu'il fait. C'est une décision à prendre en connaissance de cause, pas une case à cocher pour débloquer du levier.
Le positionnement produit
Là où Trade Republic et XTB convergent vers l'application d'épargne grand public, celui-ci a fait le choix inverse : rester un outil pour traders actifs.
- Choix de plateformes le plus large du secteur : MetaTrader 4 et 5, cTrader, TradingView, plus une interface propriétaire.
- Support complet des systèmes automatisés, ce qui en fait l'une des rares maisons où l'on peut faire tourner ses propres robots sans contrainte.
- Un peu plus d'un millier d'instruments — change, indices, matières premières, actions en CFD, cryptoactifs.
- Aucune ambition d'enveloppe fiscale, aucun compte courant, aucune carte. Ce n'est pas une banque et cela n'a pas vocation à le devenir.
Conséquence pour un investisseur français : ce type de maison n'a strictement aucun intérêt pour de l'investissement long terme. Pas de PEA, pas de détention réelle de titres, et le financement des positions à levier rend la détention longue structurellement coûteuse. C'est un outil de trading actif, et il faut le juger comme tel.
Ce que je n'ai pas pu vérifier
Par honnêteté, voici les limites de ce message.
Les chiffres qui circulent — nombre de clients, volume quotidien, effectifs — proviennent de sites comparateurs rémunérés à l'affiliation, et varient considérablement d'une source à l'autre. Je ne les reprends donc pas. La société étant privée, il n'existe pas de publication auditée permettant de les recouper.
Je n'ai pas identifié de sanction réglementaire majeure dans les juridictions de premier rang, mais l'absence de résultat dans une recherche publique ne vaut pas certificat de bonne conduite — c'est une nuance importante, et elle vaut pour n'importe quel acteur.
Ce que ce cas enseigne
Coté ou privé n'est pas un détail de gouvernance. C'est la différence entre un modèle économique que vous pouvez auditer et un modèle que vous devez croire sur parole.
L'entité prime sur la marque. Le même logo peut recouvrir 85 000 livres de garantie ou aucune. C'est écrit dans votre convention de compte, et personne ne la lit.
La spécialisation est une stratégie viable. Pendant que les grands acteurs européens convergent vers l'application d'épargne universelle, il reste de la place pour un outil qui ne fait qu'une chose. Ce n'est pas un retard, c'est un choix.
Et le levier reste le levier. Quelle que soit la qualité de l'exécution, la qualité de la plateforme ou la solidité du régulateur, la variable qui décide de votre survie est la taille de vos positions. Aucun courtier, si bon soit-il, ne corrige cela.
Vous êtes client d'un courtier international ? Vérifiez le nom exact de l'entité sur votre convention et partagez ce que vous trouvez — je pense que beaucoup vont avoir des surprises.
Ce message est à visée pédagogique et ne constitue ni un conseil en investissement ni une recommandation. Je suis client de la société citée, sans aucun lien commercial avec elle. Les CFD sont des produits complexes présentant un risque élevé de perte rapide en capital.