WH SelfInvest est un de ces courtiers dont tout le monde a entendu parler sans vraiment savoir ce qu'il fait. Il ne fait pas de publicité télé, ne sponsorise pas d'équipe de football, et pourtant il existe depuis 1998 — soit plus longtemps que la quasi-totalité des courtiers CFD qui inondent aujourd'hui vos réseaux sociaux.
Voici son histoire, son offre actuelle, ses tarifs réels, et surtout : à qui il s'adresse vraiment.
1998-2004 : les origines, l'accès direct et les futures
WH SelfInvest S.A. est fondée en 1998 au Luxembourg. La société détient trois licences délivrées par le ministère luxembourgeois des Finances — courtier, commissionnaire et gérant de fortunes — et est supervisée par la CSSF.
À ses débuts, WHS ne ressemble pas du tout à ce qu'il est devenu. Son cœur de métier, c'est le
DAT — Direct Access Trading : l'accès direct aux marchés actions américains pour les day traders, à une époque où c'était encore l'apanage d'une poignée d'initiés. Les archives de la société témoignent de ce monde disparu : plateforme WH Expert Elite à 99 $ par mois, routeurs ECN Island et Instinet facturés au centième de dollar par action, un représentant physique au NYSE permettant de consulter le carnet du spécialiste, des « bullets » pour vendre à découvert sans uptick.
En janvier 2003, la commission sur les futures descend à 2,20 € par lot. C'est le tarif qui, à peu de chose près, tient encore aujourd'hui — vingt-trois ans plus tard. Le détail dit beaucoup sur la maison.
En août 2004, WHS lance sa plateforme maison,
WHS FutureStation : un logiciel de trading programmable. C'est l'acte fondateur de tout ce qui suivra.
2004-2010 : l'expansion européenne et le virage CFD
Le développement géographique s'étale sur une décennie, bureau après bureau :
- Mars 2004 : bureau belge à Gand
- Octobre 2005 : bureau parisien, rue de Berri
- Octobre 2008 : la structure française devient une succursale enregistrée après le feu vert de l'AMF et de la Banque de France
- Novembre 2009 : bureau de Francfort, avec l'approbation de la BaFin
- Juin 2013 : bureau de représentation à Zurich, sous supervision FINMA
Côté produits, deux virages majeurs. En avril 2005, lancement du forex. En octobre 2006, lancement des CFD — présentés à l'époque comme l'alternative aux turbos, warrants et certificats. C'est ce produit qui fera la notoriété de la maison en France et en Allemagne.
Détail savoureux pour les habitués du forum : en mai 2008, WHS lance une plateforme baptisée
WHS ProRealTime, basée sur le logiciel d'analyse technique du même nom, présentée alors comme une exclusivité. Le partenariat n'a pas survécu, mais il rappelle que l'écosystème du trading français est un petit monde où tout le monde a travaillé avec tout le monde.
Sur cette période, WHS accumule les distinctions : meilleur courtier CFD selon Fuchs-Briefe en Allemagne (2010, puis à répétition), meilleur courtier en France selon les lecteurs de La Vie Financière-MoneyWeek en 2010, avec les meilleures notes sur neuf critères sur douze.
2010-2015 : l'ère FutureStation Nano
Novembre 2010 marque un tournant technique : la FutureStation, jusque-là réservée aux futures, est étendue aux CFD et au forex. Les traders peuvent construire des stratégies automatiques
sans écrire une ligne de code, avec backtesting intégré. C'est l'argument différenciant de la maison, et il l'est resté.
Suit une décennie d'enrichissement continu : bibliothèque de plus de 100 stratégies gratuites signées de traders-auteurs connus, module LiveStatistics, screeners TechScan et Bread&Butter, AutoChartist, TacticOrders, Trading Store où des traders professionnels vendent leurs propres outils, forum de support multilingue, trading en groupe.
En mai 2014, l'arrivée du flux de données CQG ouvre la plateforme au monde extérieur : NinjaTrader, MultiCharts, Sierra Chart et QTrader peuvent se brancher sur le système d'exécution WHS. Les options sur futures arrivent le même mois.
En novembre 2015, WHS FutureStation Nano est rebaptisée
WHS NanoTrader. Le nom n'a plus changé depuis.
2015-2026 : consolidation et diversification
Deux mouvements structurants marquent la période récente.
Le premier est le rachat de l'éditeur de NanoTrader par WH SelfInvest. Le courtier devient propriétaire de sa propre technologie — décision prise après la mésaventure de la plateforme ProStation, dont l'éditeur tiers avait cessé la distribution, obligeant WHS à migrer ses clients dans l'urgence. NanoTrader Free remplace alors ProStation en version gratuite et discrétionnaire, NanoTrader Full restant la version complète avec automatisation.
Le second est l'élargissement au-delà du trading actif :
- Un compte Multi-Marchés actions, options et ETF, adossé à l'infrastructure d'Interactive Brokers en marque blanche, avec plus de 150 marchés dans plus de 30 pays — et, fait notable pour un courtier luxembourgeois, un PEA
- Freestoxx, l'offre d'actions américaines sans commission d'ordre
- Investui et Stock-Box, services d'investissement assisté destinés à ceux qui ne veulent pas passer leurs journées devant un écran
- L'ouverture aux plateformes tierces : TradingView, ATAS, VolFix, Sierra Chart
L'offre en 2026, en résumé
WH SelfInvest fonctionne avec des comptes séparés selon la logique du produit, ce qui déroute au début mais reste cohérent :
- Compte CFD-Forex Mini : dépôt minimum 500 €, commission variable sans minimum, pensé pour les petits ordres
- Compte CFD-Forex Standard : dépôt minimum 2 500 €, commission fixe réduite, adapté aux ordres moyens et gros — c'est le compte le plus répandu chez leurs clients
- Compte Futures : dépôt recommandé de l'ordre de 5 000 €, accès direct DMA aux marchés à terme
- Compte Multi-Marchés : actions, ETF, options, warrants, via l'infrastructure Interactive Brokers
Les tarifs, poste par poste
Code : Tout sélectionner
FUTURES
Commission 1,90 € ou 2,20 € par contrat selon le pack
Remise volume -14 % au-delà de 40 contrats/mois
Sous 40 contrats frais de 40 € dus
Cotations Eurex +25 €/mois (option)
Cotations Euronext +60 €/mois (option)
CFD - FOREX
EUR/USD à partir de 0,8 pip
CAC 40 1 point
CFD actions/ETF pas de surspread, commission par ordre
Cotations temps réel gratuites
ACTIONS AU COMPTANT
Euronext environ 0,05 % par ordre (min. ~3 €)
Actions US 0 € via Freestoxx
Droits de garde néant
Frais de change de l'ordre de 0,5 %
Frais de dépôt 5 € par virement en dessous de 30 000 €
Inactivité néant la 1re année, puis frais trimestriels
si aucun ordre exécuté
La logique tarifaire est celle d'un courtier à l'ancienne : peu de frais cachés, mais des abonnements plateforme et cotations à assumer selon la configuration choisie. C'est transparent, et c'est aussi ce qui fait que le coût réel dépend beaucoup de votre usage. Sur les futures, la commission reste supérieure à celle d'Interactive Brokers — ce n'est pas le courtier le moins cher du marché, et il ne le prétend pas.
Le point qui mérite votre attention
WH SelfInvest met en avant, de façon très appuyée, le fait de
ne pas être teneur de marché : pas de dealing desk contre vous, pas de surspread sur les CFD actions, pas d'élargissement des spreads avant les statistiques économiques, aucun conflit d'intérêt puisque la rémunération vient de la commission.
L'argument est sérieux et documenté. Mais leurs propres pages précisent également qu'une partie des avoirs déposés pour le trading des CFD et du forex est transmise à
StoneX Financial Ltd pour les services de cotation et d'exécution, puis déposée chez Barclays Bank PLC.
Autrement dit : WHS n'est effectivement pas la contrepartie de votre trade, mais le prix des CFD est fourni par un tiers, lui-même acteur majeur du marché de gros — StoneX étant le groupe qui a absorbé GAIN Capital en 2020. Ce n'est ni un scandale ni un secret, c'est le fonctionnement normal d'un courtier CFD non teneur de marché. Mais si vous choisissez WHS spécifiquement pour l'argument « pas de market maker », sachez exactement où s'arrête cet argument : il porte sur le rôle de WHS, pas sur l'origine de la cotation.
Second point à vérifier de près : la protection des fonds. Les avoirs sont ségrégués auprès de plusieurs banques dépositaires selon l'entité. La garantie applicable est celle du système d'indemnisation des investisseurs luxembourgeois, plafonnée à
20 000 €. Plusieurs sites de comparaison affilés annoncent 100 000 € : ce montant correspond à la garantie des dépôts bancaires et ne s'applique pas de la même façon à une entreprise d'investissement. Faites-vous confirmer le chiffre par le courtier lui-même avant de déposer une somme importante.
Enfin, l'avertissement réglementaire du courtier indique 76 % de comptes de particuliers perdants sur les CFD. C'est dans la moyenne du secteur, ce qui veut surtout dire que la qualité du courtier ne change presque rien à cette statistique.
Quel profil WH SelfInvest cible-t-il réellement ?
En lisant vingt ans d'archives de la société, le positionnement saute aux yeux : WHS s'adresse depuis toujours au
trader actif européen qui prend son activité au sérieux, et pas au débutant qu'on attire avec 50 € de bonus.
Le client type :
- Il trade les futures ou les CFD de façon régulière, souvent en day trading ou en swing
- Il attache de l'importance à sa plateforme et exploite l'automatisation ou le backtesting sans vouloir apprendre à coder
- Il dispose d'un capital d'au moins quelques milliers d'euros, et de 5 000 € et plus s'il vise les futures
- Il veut un interlocuteur en français, joignable au téléphone, avec des bureaux physiques en Europe — Paris, Luxembourg, Francfort, Zurich
- Il valorise la formation : webinaires et séminaires gratuits chaque mois, souvent animés par des traders reconnus
À l'inverse, ce courtier n'est probablement pas pour vous si :
- Vous débutez avec 300 € et voulez « tester le trading » — le ticket d'entrée et la complexité de l'offre vous mettront dans le mur
- Vous cherchez le spread absolu le plus bas du marché : les courtiers ECN purs sont devant sur ce seul critère
- Vous êtes un investisseur long terme en ETF cherchant simplement le PEA le moins cher : d'autres structures sont plus adaptées, même si le PEA existe ici via Interactive Brokers
- Vous résidez en Belgique : la commercialisation des CFD y est interdite, et les pages produit du courtier l'indiquent explicitement
Ce que raconte cette trajectoire
L'histoire de WH SelfInvest est celle d'une société qui a survécu à trois cycles complets du courtage en ligne : l'ère du direct access des années 2000, la bulle CFD des années 2010, et la vague des néo-courtiers zéro commission des années 2020. À chaque fois en s'adaptant, jamais en se reniant : le tarif futures de 2003 est presque celui de 2026, et la plateforme maison de 2004 est toujours l'argument central.
Dans un secteur où la moitié des enseignes que vous connaissiez il y a dix ans ont été rachetées, fusionnées ou ont simplement disparu, vingt-huit ans d'activité continue sous la même licence et le même nom sont, à défaut d'être une garantie de performance, une information qui mérite d'être pesée.
La fiche détaillée du courtier avec ses frais actualisés est disponible sur le comparateur :
WH SelfInvest sur ArbitrAge
Vos retours m'intéressent :
- Clients actuels ou anciens : comment jugez-vous NanoTrader face à ProRealTime ou MetaTrader, en particulier sur l'automatisation sans code ?
- Ceux qui tradent les futures chez eux : le surcoût de commission par rapport à Interactive Brokers est-il compensé par le service et la plateforme, ou pas ?
- Quelqu'un a-t-il testé Freestoxx ou le PEA en marque blanche ? Le service tient-il ses promesses en pratique ?
Message pédagogique, sans conseil en investissement. Les CFD et les futures sont des produits à effet de levier comportant un risque élevé de perte en capital, pouvant excéder le dépôt initial sur les futures. Le courtier déclare 76 % de comptes de particuliers perdants sur les CFD. Tarifs et conditions relevés en août 2026 et susceptibles d'évoluer : vérifiez systématiquement sur le site officiel avant toute ouverture de compte.