Voici le calcul le plus rentable de toute cette série. Il tient en quelques lignes, il ne dépend d'aucune prévision de marché, et son résultat est incontestable.
Presque personne ne le fait, parce que les frais se présentent toujours en pourcentage annuel — une unité conçue pour paraître négligeable.
Le calcul
Partons de 100 000 euros placés pendant trente ans, sur un support qui rapporte 6 % brut par an avant frais. C'est un ordre de grandeur raisonnable : les actions ont produit environ 6,6 % de rendement réel annuel aux États-Unis depuis 1900.
Voici ce que vous obtenez au bout de trente ans selon les frais annuels prélevés :
- 0,2 % de frais — un ETF indiciel low cost : environ 543 000 euros.
- 1 % de frais — un fonds classique bien négocié : environ 432 000 euros.
- 2 % de frais — une assurance-vie bancaire moyenne : environ 324 000 euros.
- 3 % de frais — un contrat chargé, avec frais de gestion et frais du fonds cumulés : environ 243 000 euros.
Relisez la première et la troisième ligne. Un écart de 1,8 point de frais annuels — qui semble anodin sur une plaquette commerciale — vous coûte
219 000 euros.
C'est plus de deux fois votre mise de départ. Et c'est 40 % de ce que vous auriez dû obtenir.
[b)Pourquoi c'est aussi violent[/b]
Parce que les frais ne s'appliquent pas à votre versement initial. Ils s'appliquent chaque année au
capital cumulé, intérêts compris.
Autrement dit, vous ne payez pas 2 % sur 100 000 euros pendant trente ans. Vous payez 2 % sur un capital qui grossit — donc un montant qui grossit lui aussi, chaque année.
Et surtout : l'argent prélevé ne travaille plus. Les 2 % ponctionnés la première année ne produiront jamais les vingt-neuf années de capitalisation qui leur restaient. C'est cette perte de composition, et non le prélèvement lui-même, qui explique l'essentiel de l'écart.
Formulé autrement : les frais ne vous coûtent pas ce qu'ils prélèvent. Ils vous coûtent ce que ce prélèvement aurait rapporté.
Le même calcul, en versements réguliers
Beaucoup de gens n'ont pas 100 000 euros à placer d'un coup. Prenons alors 300 euros versés chaque mois pendant trente ans, soit 108 000 euros au total, avec les mêmes hypothèses.
- Avec 0,2 % de frais : environ 282 000 euros.
- Avec 2 % de frais : environ 206 000 euros.
Écart : environ
76 000 euros — soit plus de vingt années de versements, effacées par la seule différence de frais.
Un salarié qui aurait versé consciencieusement 300 euros par mois pendant trente ans, sans jamais faillir, aurait travaillé plus de six ans pour son distributeur sans le savoir.
Où se cachent réellement les frais
C'est le point pratique. Les frais ne figurent presque jamais sur une seule ligne, et c'est précisément ce qui les rend invisibles.
En assurance-vie, additionnez :
- Les frais sur versement, parfois appelés frais d'entrée — de 0 % chez les acteurs en ligne à 5 % en réseau bancaire.
- Les frais de gestion du contrat, prélevés annuellement sur l'encours — typiquement de 0,5 % à 1 % selon le support.
- Les frais internes des fonds, qui n'apparaissent nulle part sur votre relevé parce qu'ils sont déjà déduits de la performance affichée — souvent 1,5 % à 2 % sur un fonds actions géré activement.
- Les éventuels frais d'arbitrage à chaque changement de support.
Ce sont les frais internes des fonds qui piègent le plus de gens. Votre relevé annuel indique « frais de gestion : 0,8 % ». Il ne mentionne pas les 1,8 % prélevés à l'intérieur des fonds que vous détenez. Le total réel est de 2,6 %, et il faut aller le chercher dans les documents d'information clé de chaque support.
Sur un compte-titres ou un PEA, la structure est différente mais la logique identique : commissions d'ordre, droits de garde éventuels, frais de change, frais internes des fonds ou ETF détenus.
Le chiffre à calculer une fois par an
Voici l'exercice que je recommande, et il prend un quart d'heure.
Additionnez tout ce que vous avez payé sur l'année — frais de versement, frais de gestion du contrat, frais internes des supports, commissions d'ordre, frais de change. Divisez par la valeur moyenne de votre portefeuille sur l'année.
Vous obtenez
votre taux de frais réel.
Comparez-le ensuite à 6 %. Si vos frais représentent 2 %, vous conservez un tiers de moins que la performance brute. Si vos frais représentent 3 %, vous en abandonnez la moitié.
Puis posez la question qui suit : ce que vous obtenez en échange de ce taux vaut-il ce prix ? Parfois oui — un accompagnement patrimonial réel, une architecture successorale complexe, un conseil qui vous a évité une erreur. Souvent non.
Ce que la recherche dit du rapport qualité-prix
Les études SPIVA de S&P Dow Jones Indices comparent chaque année les fonds gérés activement à leur indice de référence. Sur dix ans,
98 % des fonds actions monde libellés en euros n'ont pas battu le leur. Sur quinze ans, aux États-Unis, aucune des vingt-deux catégories d'actions n'a vu une majorité de gérants battre son indice.
Ce ne sont pas des incompétents : ce sont des professionnels à plein temps, avec des équipes de recherche. Ils échouent essentiellement à cause de leurs frais.
La question n'est donc pas de savoir si un gérant est bon. C'est de savoir si sa compétence dépasse son coût. Statistiquement, elle ne le dépasse pas.
Trois décisions concrètes
- Comparez les frais réels, pas les frais affichés. Demandez systématiquement le total, tous niveaux confondus. Un distributeur qui refuse de le donner vous a répondu.
- Négociez ou changez sur les frais d'entrée. Ils sont à zéro chez la plupart des acteurs en ligne. Payer 3 % à l'entrée, c'est commencer avec un retard qu'il faut plus de six mois de performance à combler.
- Vérifiez le coût de la migration avant de partir. L'antériorité fiscale d'une assurance-vie a de la valeur, et un transfert n'est pas toujours possible. Parfois, ouvrir un nouveau contrat et alimenter celui-là vaut mieux que fermer l'ancien.
La conclusion, et elle est inconfortable
Vous ne contrôlez pas la performance des marchés. Vous ne contrôlez pas le moment où vous aurez besoin de votre argent. Vous ne contrôlez pas la fiscalité future.
Vous contrôlez intégralement vos frais. C'est la seule variable de l'équation dont vous décidez seul, et elle pèse sur trente ans plus lourd que la plupart des décisions de sélection que vous prendrez.
C'est pour cette raison que je consacre un message entier à un sujet qui n'a rien de spectaculaire. Le rendement se subit ; les frais se choisissent.
Faites le calcul sur votre propre contrat et partagez le résultat en réponse — sans nommer d'établissement si vous préférez. Les ordres de grandeur intéresseront tout le monde.
Les montants indiqués résultent de calculs de capitalisation à hypothèses constantes et n'ont valeur que d'illustration. Ce message est à visée pédagogique et ne constitue pas un conseil en investissement. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.