06 août 2024 •17:04
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Jamais, même lors de la grande crise financière de 2008, le Vix n’avait autant bondi en une seule séance qu’hier. La faiblesse des volumes d'échanges, typique d'un mois d'août, exagère les mouvements de prix. Probablement qu'à un autre moment dans l'année, le S&P 500 n'aurait pas autant chuté après la publication, vendredi, d'un rapport sur l'emploi aux Etats-Unis certes décevant mais distordu par les conditions météo. Reste que cette surréaction s'inscrit dans une psychologie de marché de plus en plus court-termiste.
Par Marjorie Encelot
Publié le 6 août 2024 à 11:43Mis à jour le 6 août 2024 à 16:50
A certains égards, Jim Reid, responsable de la stratégie chez Deutsche Bank, raconte avoir vécu, hier, la séance de Bourse « la plus folle » de ses 29 ans de carrière. « Le Topix [à Tokyo] a connu sa pire journée (-12,23%) depuis le krach d'octobre 1987, alors que les craintes d'un débouclage du carry trade sur le yen s'intensifiaient, et à un moment donné hier, le Vix s'échangeait à 65,73 [en début d’après-midi], en hausse de 42,34 points (+181%) par rapport à la clôture de vendredi. À titre de comparaison, la plus forte variation sur une journée entière depuis que l'indice a été calculé pour la première fois en 1990 a été la hausse de 21,57 points enregistrée le 12 mars 2020, lors de la première vague de Covid. À aucun moment au cours de la grande crise financière [celle de 2007-2008], nous n'avons vu un mouvement quotidien de plus de 16,54 points. »
Le Vix, appelé l’indice de la peur, a clôturé hier à 38,57 points à la Bourse des options de Chicago, en hausse de 15,18 points (65%), signe d’une grande nervosité sur l’indice S&P 500, sur lequel sont cotés les 500 plus grosses entreprises américaines. Ce chiffre, libellé en points de pourcentage et calculé en temps réel à partir du prix des différentes options call et put en ehors de la monnaie sur l’indice, traduit la variation quotidienne anticipée du S&P 500 dans les 30 jours à venir. Il suffit de le diviser par 16, qui correspond à la racine carrée arrondie de 252, le nombre de jours de Bourse dans une année normale, pour obtenir cette indication. Un Vix à 40 laisse entrevoir une amplitude de mouvement de 2,5% en moyenne par jour de l’indice large américain sur les 30 prochains jours. Le S&P 500 a chuté de 3% hier, après avoir perdu près de 2% vendredi.
« Licenciements temporaires »
Lors de la grande crise financière, le Vix a dépassé les 80 points, mais l’envolée n’a jamais été aussi brusque qu’hier. La torpeur de l’été, avec la diminution des volumes d’échanges qui exagère les mouvements de prix, explique en partie cette situation inédite à un moment où le rapport sur l’emploi aux Etats-Unis a montré, vendredi, que la première économie mondiale avait créé seulement 114.000 emplois en juillet, deux fois moins qu’en juin, et en deçà des 175.000 attendus par le consensus des économistes de marché. Les investisseurs craignent que les Etats-Unis ne tombent en récession parce que la Fed, la banque centrale du pays, a trop tardé à baisser les taux d’intérêt. Toutefois, des économistes comme Bruce Kasman chez JPMorgan et Michael Gapen chez Bank of America, mettent en garde contre ce qu’ils pensent être une mauvaise interprétation au regard des distorsions causées par l’ouragan Beryl au Texas. « Le chômage a augmenté presque entièrement en raison de l'augmentation des licenciements temporaires due à l'arrivée de l'ouragan Beryl, une augmentation qui devrait être presque entièrement inversée dans le rapport du mois d'août », estime également l’analyste Michael Brown pour le courtier
Pepperstone.
« Machines à sous »
Le prix de marché, c’est un regard humain sur des fondamentaux à un moment donné, mais Jim Reid, chez Deutsche Bank, a du mal à croire que les investisseurs auraient aussi mal réagi à la publication de chiffres de l’emploi biaisés par les conditions météo « au cours de n’importe quel autre mois. […] Août est souvent un mois dangereux. » Il l’est devenu d’autant plus au regard de l’explosion, ces dernières années, du trading des options à très court terme. Elles permettent aux traders de se concentrer sur un risque potentiellement imminent dans un monde de flux constant d’informations et d’analyses. Mais ces produits dérivés sont aussi devenus des « machines à sous » - selon des mots employés en mai par des intervenants sondés par Bloomberg - qui permettent aux spéculateurs de « jouer » à la pièce un évènement, au travers d’options à zéro jour le plus souvent (qui arrivent à échéance en moins de 24 heures), en engageant moins de capitaux que s’ils prenaient une vraie position en achetant le sous-jacent, que ce soit un indice ou un ETF.
Or, le Vix est calculé à partir du prix des options sur le S&P 500 qui expirent dans un délai de 23 à 37 jours, ce qui signifie que les options les plus court-termistes intégrées dans le calcul ont une durée de vie de plus de trois semaines, des échéances qui n'intéressent plus que la moitié des intervenants, au mieux. L'appétit pour les contrats de très court terme (pour lesquels la prime de temps a quasiment disparu et qui donc s'achètent moins cher) a asséché le marché des options utilisés pour le calcul du Vix. Le trading des options à zéro jour ou « 0DTE » a représenté en moyenne plus de 40% du volume d'options sur le S&P 500 en 2023, selon une enquête du Nyse publié en mars.