Une remarque avant de commencer, parce qu'elle explique l'intégralité du classement.
Le seul critère qui compte
Il existe deux familles d'actifs.
Les premiers produisent quelque chose. Une action représente une entreprise qui génère des bénéfices, une obligation verse un coupon, un bien immobilier encaisse un loyer. Leur détenteur est rémunéré simplement parce qu'il détient. La somme des gains de tous les participants est positive : chacun peut gagner en même temps.
Les seconds ne produisent rien. Une devise, un contrat à terme, un CFD, une option : il n'y a aucun flux créé. Ce que vous gagnez, quelqu'un d'autre le perd, et le courtier prélève au passage. La somme des gains de tous les participants est négative une fois les frais déduits. Pour gagner, il ne suffit pas d'avoir raison : il faut avoir raison contre quelqu'un — et ce quelqu'un est de plus en plus souvent une machine.
Retenez ce critère. Le classement qui suit n'est presque rien d'autre que son application.
NIVEAU 1 — Indices actions larges, détenus longtemps
Depuis 1900, soit 126 ans de données couvrant 35 marchés, les actions sont l'actif liquide le plus performant dans la totalité des 21 pays disposant d'un historique continu. Aux États-Unis, le rendement réel — donc net d'inflation — ressort à 6,6 % par an, contre 1,6 % pour les obligations d'État longues et 0,5 % pour les bons du Trésor. Un dollar investi en actions américaines en 1900 en vaut 124 854 fin 2025, contre 284 en obligations.
Ce n'est pas une prédiction. C'est le seul résultat qu'on observe sur un siècle et quart, à travers des guerres mondiales, des hyperinflations et des dépressions.
Pourquoi c'est en tête : positif-somme, rémunération liée à la détention et non à l'habileté, frais compressibles à quelques centièmes de pourcent avec un ETF, et fiscalité française favorable via le PEA après cinq ans.
La condition, qui n'est pas négociable : la durée. Sur un an, une action large peut perdre 40 %. C'est le prix d'entrée du 6,6 %, pas un accident du dispositif.
NIVEAU 2 — Obligations, fonds euros, immobilier de rendement
Rendement réel structurellement plus faible — 1,6 % par an pour les obligations longues sur la même période — mais positif, et surtout beaucoup plus stable.
L'immobilier locatif se situe ici, avec deux particularités opposées : le levier du crédit amplifie le rendement des fonds propres, mais les frais de transaction, la fiscalité, la vacance et l'illiquidité amputent lourdement le résultat réel, et sont presque toujours sous-estimés dans les calculs de rentabilité qu'on lit sur les forums.
Pourquoi ce n'est pas le niveau 1 : le rendement est réel mais faible. Ces actifs remplissent une fonction de stabilisation du patrimoine, pas de croissance.
NIVEAU 3 — Fonds actions gérés activement
Ici commence la dégradation, et elle est spectaculaire.
Les études SPIVA de S&P Dow Jones Indices comparent chaque année les fonds gérés activement à leur indice de référence, en réintégrant les fonds fermés ou fusionnés — précaution méthodologique essentielle, sans laquelle les chiffres seraient flattés.
- Sur dix ans, 98 % des fonds actions monde libellés en euros n'ont pas battu leur indice.
- Sur quinze ans, aux États-Unis, aucune des 22 catégories d'actions n'a vu une majorité de gérants battre son indice. Zéro sur 22.
- Le constat vaut aussi sur les obligations et sur tous les continents étudiés.
NIVEAU 4 — Sélection de titres en direct par un particulier
Le particulier qui choisit lui-même ses actions se trouve dans la même situation que le gérant actif, avec moins de moyens, mais aussi avec deux avantages réels : des frais plus faibles et aucune contrainte de reporting trimestriel.
Le problème est ailleurs, et il est mesuré. L'étude annuelle « Mind the Gap » de Morningstar compare ce que rapportent les fonds à ce que gagnent réellement leurs porteurs, compte tenu de la date de leurs achats et de leurs ventes. Sur les dix années closes fin 2024, l'écart atteint 1,2 point de pourcentage par an, soit environ 15 % de la performance totale, uniquement à cause du calendrier des mouvements.
Et cet écart se creuse avec l'agitation : 1,8 point par an pour les fonds aux flux les plus volatils, contre 0,8 point pour les plus stables. Les fonds diversifiés d'allocation affichent le plus faible écart de tous — 0,1 point.
Traduisez : plus le support incite à bouger, plus le porteur détruit de rendement. Ce n'est pas une question de sélection, c'est une question de comportement.
NIVEAU 5 — Cryptoactifs
La Banque des règlements internationaux a analysé les téléchargements et l'usage actif de plus de 200 applications d'échange crypto dans 95 pays, entre août 2015 et décembre 2022.
- Environ trois quarts des utilisateurs ont perdu de l'argent sur leur investissement en bitcoin.
- 75 % ont téléchargé leur application après que le prix eut dépassé 20 000 $ — c'est-à-dire au plus mauvais moment possible.
- Le nombre d'utilisateurs actifs mensuels est passé de 119 000 à 32,5 millions sur la période.
- Constat le plus dérangeant de l'étude : pendant que les petits porteurs achetaient dans la hausse, les plus gros détenteurs vendaient.
NIVEAU 6 — Day trading et CFD à effet de levier
Nous entrons dans la seconde famille : celle où rien n'est produit.
France, étude de l'AMF. Environ 15 000 clients particuliers, 16 millions de transactions sur CFD et Forex observées sur quatre ans. Plus de 89 % sont perdants. L'espérance de perte ressort à -10 900 € par client. Résultat cumulé de l'échantillon : -161 millions d'euros.
Brésil, étude Chague, De-Losso et Giovannetti. 19 646 personnes ayant commencé le day trading entre 2013 et 2015 sur le marché des futures actions. Parmi les 1 551 qui ont persisté au-delà de 300 jours, 97 % ont perdu de l'argent net de frais. Seulement 1,1 % ont gagné plus que le salaire minimum brésilien. Le meilleur de tout l'échantillon gagnait 310 $ par jour — avec un écart-type quotidien de 2 560 $, soit huit fois son gain.
Les auteurs testent explicitement l'hypothèse de l'apprentissage. Ils ne trouvent aucune preuve que l'expérience améliore les résultats. Persévérer ne convertit pas un perdant en gagnant.
Taïwan, quinze années de données exhaustives sur l'ensemble du marché : moins de 1 % des day traders dégagent des gains positifs de façon persistante après frais.
Le taux de perte affiché par votre courtier — cette mention obligatoire de 70 à 80 % que vous ne lisez plus — n'est pas un avertissement de façade. C'est la mesure exacte de ce que produit ce niveau.
NIVEAU 7 — Le fond du classement
Produits à levier extrême sur horizon très court : turbos, options à échéance quotidienne, ETF à levier détenus plusieurs jours, options binaires.
Ces instruments cumulent tous les défauts identifiés : somme négative, frais et spreads élevés rapportés à la durée de détention, levier qui rend la ruine possible en une séance, et pour les ETF à levier un mécanisme de recomposition quotidienne qui érode mécaniquement la valeur en marché agité, indépendamment de la direction.
Aucune étude ne montre une population de particuliers durablement gagnante sur ces supports. C'est d'ailleurs pour cette raison que les options binaires ont été interdites à la commercialisation auprès des particuliers en Europe et que le levier des CFD a été plafonné.
Ce que le classement révèle vraiment
Relisez-le de haut en bas. Deux variables suffisent à le reconstituer entièrement :
1. L'actif vous paie-t-il pour le détenir ? Les six premiers niveaux se rangent presque exactement selon cette réponse. Là où un flux existe, la majorité des participants peut gagner. Là où il n'y en a pas, la moyenne du groupe est nécessairement négative après frais — ce n'est pas une observation empirique, c'est une identité comptable.
2. À quelle fréquence intervenez-vous ? Du haut vers le bas du classement, la fréquence des transactions augmente et le résultat se dégrade. Morningstar le mesure jusque dans les fonds diversifiés : 0,1 point d'écart pour les supports qui n'incitent pas à bouger, 1,8 point pour ceux qui y incitent.
Une conséquence directe, et contre-intuitive : le facteur le plus déterminant de votre résultat sur trente ans n'est ni le choix des titres, ni le moment d'entrée, ni la stratégie. C'est le niveau du classement auquel vous décidez de jouer. Un investisseur médiocre au niveau 1 finira très probablement devant un investisseur brillant au niveau 6.
Enfin, une chose que ce classement ne dit pas. Il décrit des populations, pas des individus. Des particuliers gagnent au niveau 6 — j'en ai présenté quelques cas vérifiés dans un autre message. Mais la question utile n'est pas « est-ce possible ». C'est : sur quelle base croyez-vous appartenir au 1,1 % plutôt qu'au 97 % ? Si la réponse tient à une intuition sur vos propres capacités, sachez que l'étude brésilienne a testé cette intuition et n'a trouvé aucun apprentissage.
Sources : UBS Global Investment Returns Yearbook 2026 (Dimson, Marsh, Staunton) ; SPIVA Scorecards, S&P Dow Jones Indices ; Morningstar « Mind the Gap » 2025 ; BRI, « Crypto shocks and retail losses » ; AMF, étude sur les résultats des investisseurs particuliers sur le trading de CFD et de Forex en France ; Chague, De-Losso et Giovannetti, « Day trading for a living ? ».
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Ce message est à visée pédagogique et ne constitue pas un conseil en investissement. Ne risquez jamais un capital dont vous avez besoin.

