Ce qui est rare et gratuit sur internet, ce sont les données. Les opinions, elles, sont surabondantes et ne valent presque rien — il y en a des milliers chaque jour, gratuites, et leur qualité moyenne est déplorable. La liste qui suit privilégie donc massivement les sources de données brutes et les documents primaires sur les commentaires d'analystes.
Un principe de tri simple : plus une source est proche de l'entreprise elle-même, plus elle est fiable et moins elle risque de disparaître derrière un mur payant.
NIVEAU 1 — Les sources primaires (celles qui ne deviendront jamais payantes)
1. SEC EDGAR — sec.gov/edgar
La base de dépôt officielle de toutes les sociétés cotées aux États-Unis. Rapports annuels (10-K), trimestriels (10-Q), événements significatifs (8-K), déclarations d'initiés (Form 4), positions des grands gérants (13F).
C'est gratuit, exhaustif, et c'est la source dont tous les sites payants tirent leurs chiffres. La recherche en texte intégral permet de retrouver une expression précise dans l'ensemble des dépôts — un outil redoutable pour repérer un changement de formulation d'une année sur l'autre.
Le réflexe utile : avant de lire une analyse sur une société américaine, ouvrez son dernier 10-K et lisez la section « Risk Factors ». C'est la seule partie du document où l'entreprise est légalement contrainte de dire ce qui peut mal tourner.
2. info-financiere.fr et la base de l'AMF
L'équivalent français : l'information réglementée déposée par les sociétés cotées à Paris. Documents d'enregistrement universel, communiqués réglementés, déclarations de franchissement de seuils.
Beaucoup moins connu qu'EDGAR, tout aussi gratuit, et indispensable si vous suivez des valeurs françaises.
3. Les sites « relations investisseurs » des sociétés
La source la plus sous-utilisée du lot, et probablement la meilleure.
On y trouve les rapports annuels, mais surtout les présentations de résultats trimestriels — les mêmes slides que celles montrées aux analystes institutionnels — et souvent les enregistrements ou retranscriptions des conférences téléphoniques. La séance de questions-réponses en fin de conférence est fréquemment plus instructive que l'ensemble du rapport annuel : c'est le seul moment où la direction improvise.
NIVEAU 2 — Les données quantitatives
4. Damodaran Online — pages.stern.nyu.edu/~adamodar
Aswath Damodaran enseigne la valorisation à la Stern School de NYU et publie gratuitement, chaque début d'année, un ensemble de données que des cabinets facturent très cher : primes de risque actions par pays, bêtas sectoriels, multiples de valorisation par industrie, spreads de défaut, coûts du capital, plus ses propres feuilles de calcul de DCF.
Les données ont été mises à jour en janvier 2026, avec une prime de risque actions implicite de 4,23 %.
Pourquoi c'est irremplaçable : si vous voulez valoriser une société, il vous faut un coût du capital. Sans cette source, vous l'inventez. C'est aussi une ressource pédagogique complète, avec l'intégralité des cours et des supports en accès libre.
5. FRED — fred.stlouisfed.org
La base de données macroéconomiques de la Fed de Saint-Louis : des centaines de milliers de séries, graphiques personnalisables, export direct vers Excel, et une extension tableur officielle.
Pour les données européennes et françaises, les équivalents sont l'INSEE, la Banque de France, la BCE et Eurostat — tous gratuits, tous exhaustifs.
6. StockAnalysis.com
Le meilleur rapport qualité-gratuité de la catégorie « données d'entreprise prêtes à l'emploi ». Couverture de plus de 130 000 actions et fonds, états financiers, ratios de valorisation, historiques de dividendes, prévisions d'analystes, le tout accessible sans inscription.
L'offre gratuite est réellement utilisable, ce qui est devenu rare. Le site est financé par la publicité et une offre payante, mais l'essentiel du contenu reste ouvert.
La limite à connaître : c'est une couche de données, pas une couche d'idées. Aucun commentaire, aucune recommandation — ce qui est plutôt un compliment.
NIVEAU 3 — Screening et analyse graphique
7. Finviz — finviz.com
Le screener gratuit le plus complet du marché. Des dizaines de critères fondamentaux, de valorisation, techniques et descriptifs combinables simultanément. La carte thermique du marché est devenue un standard visuel.
Limite : la couverture est essentiellement américaine, et les données en temps réel ainsi que certains filtres relèvent de l'offre payante.
8. TradingView
L'offre gratuite donne accès à un moteur graphique de très bon niveau, à un large éventail d'indicateurs, et surtout à une bibliothèque communautaire de scripts considérable.
Deux réserves. Le nombre d'indicateurs simultanés et d'alertes est limité en version gratuite. Et le flux d'idées publiées par la communauté relève du divertissement plus que de l'analyse : lisez-le comme un sondage d'opinion, jamais comme une source.
9. ProRealTime, version gratuite
Version de fin de journée accessible sans frais, avec un moteur graphique et un langage de programmation permettant de coder et de tester ses propres indicateurs et systèmes.
Transparence : ProRealTime est un partenaire commercial de VideoBourse. Je le mentionne parce que l'outil me paraît objectivement pertinent dans cette catégorie, mais vous devez le savoir pour lire cette ligne comme il convient.
NIVEAU 4 — Le contexte que personne ne lit
10. Les publications des régulateurs et des institutions
AMF, ESMA, Banque des règlements internationaux, FMI, BCE. Ces institutions publient gratuitement des études d'une qualité que très peu de recherches privées atteignent, avec des données que personne d'autre ne possède.
Ajoutez-y SSRN et Google Scholar pour la recherche académique : la quasi-totalité des travaux importants en finance y sont disponibles en accès libre.
Pourquoi ça compte : c'est là qu'on trouve les études de base sur ce que gagnent et perdent réellement les particuliers — et ce sont ces chiffres, pas les commentaires de marché, qui devraient orienter la façon dont vous investissez.
Ce que j'ai volontairement exclu
- Les signaux et recommandations gratuits. Un avantage réel perd sa valeur en étant diffusé. Le modèle économique est incompatible avec la prétention.
- Les « analyses » de réseaux sociaux et de chaînes vidéo — y compris la mienne. Cela peut servir à découvrir une idée. Cela ne remplace jamais la lecture du document source.
- Les consensus d'analystes pris pour des prévisions. Ils sont utiles pour savoir ce que le marché attend déjà — c'est-à-dire ce qui est probablement dans le prix. Ce n'est pas la même chose que savoir ce qui va se produire.
Une méthode de travail plutôt qu'une liste
Si je devais résumer un enchaînement efficace, ce serait celui-ci : screener sur Finviz pour trouver des candidats, StockAnalysis pour vérifier rapidement les chiffres, EDGAR ou info-financiere pour lire les documents originaux, Damodaran pour poser les hypothèses de valorisation, TradingView ou ProRealTime pour choisir le moment.
Les quatre premières étapes prennent du temps et n'ont rien de spectaculaire. C'est exactement pour cette raison qu'elles sont sous-exploitées, alors qu'elles sont gratuites.
Et vous, quelles sources utilisez-vous ? Je suis particulièrement preneur des ressources francophones sur les petites et moyennes valeurs, où l'information est nettement plus difficile à réunir.
Ce message est à visée pédagogique et ne constitue pas un conseil en investissement. Les conditions d'accès et les offres gratuites mentionnées évoluent : vérifiez-les avant de vous fier à cette liste.

