Demandez à dix particuliers combien leur courtier leur a coûté l'an dernier. Neuf ne sauront
pas répondre. Le dixième citera la commission, qui est souvent la plus petite des sept lignes.
Ce n'est pas un hasard. Contrairement à un abonnement, le coût du courtage n'apparaît jamais
sur une facture unique : il est prélevé transaction par transaction, nuit par nuit, conversion
par conversion. Il est donc invisible par construction.
Voici les sept lignes, dans l'ordre où elles vous facturent.
1. Le spread
L'écart entre le prix d'achat et le prix de vente. C'est le coût principal chez la plupart des
courtiers CFD, et le plus mal compris, parce qu'il n'apparaît nulle part comme un prélèvement :
votre position démarre simplement en perte.
Ce qu'il faut regarder : pas le spread affiché en publicité, qui est un minimum observé
dans les meilleures conditions, mais le spread moyen sur vos horaires de trading. À
l'ouverture américaine, à la publication d'un chiffre macro, ou en séance asiatique, il peut
tripler ou quadrupler.
Le test : notez le spread réel à chacune de vos dix prochaines entrées. Comparez à ce
que promettait la grille tarifaire. L'écart vous dira ce que vous payez vraiment.
2. La commission
La ligne visible, souvent la seule que les gens comparent. Selon le modèle, elle est nulle
(spread élargi en contrepartie), fixe par ordre, ou proportionnelle au volume.
Le piège classique : un courtier « sans commission » n'est pas moins cher. Il a déplacé
la facturation dans le spread, où vous ne la voyez pas. Pour comparer deux offres, il faut
additionner spread et commission ramenés au même volume — jamais l'une des deux isolément.
3. Le financement overnight
C'est la ligne la plus sous-estimée, et de très loin.
Toute position à effet de levier conservée après la clôture est financée par un prêt implicite.
Vous payez un taux d'intérêt sur la valeur totale de la position, pas sur votre marge.
Faites le calcul sur votre propre situation. Une exposition de 50 000 € financée à un taux
annuel de 6 % coûte environ 8 € par jour calendaire, week-ends compris. Sur trois mois, cela
fait de l'ordre de 750 € — pour une position que vous avez ouverte en pensant à un mouvement
de quelques centaines d'euros.
Conséquence directe : le levier transforme le temps en coût. Une position gagnante mais
lente peut se solder par une perte nette. C'est le mécanisme qui rend les CFD structurellement
inadaptés à la détention longue, indépendamment de la qualité de votre analyse.
4. Les frais de conversion de devise
Si votre compte est en euros et que vous tradez un instrument libellé en dollars, chaque gain
et chaque perte transite par une conversion. Le courtier applique une marge sur le taux de
change, généralement entre 0,3 % et 0,7 %.
Ce coût est prélevé dans les deux sens, à l'ouverture et à la clôture. Sur un compte
actif, il représente souvent plus que la commission annuelle, et presque personne ne le compte.
Le réflexe utile : vérifiez si votre courtier propose des sous-comptes en devise, ou une
option de conversion manuelle. La différence sur un an peut être substantielle.
5. Le slippage
L'écart entre le prix que vous demandiez et celui que vous obtenez. Il n'apparaît sur aucune
grille tarifaire — c'est pourtant un coût réel, et il se manifeste au pire moment : lors des
mouvements rapides, et sur vos stops.
Point important : le slippage est asymétrique par nature. Vos stops sont déclenchés dans des
marchés qui vont vite, vos prises de bénéfice dans des marchés calmes. Il vous coûte donc
davantage qu'il ne vous rapporte, structurellement.
Comment le mesurer : comparez systématiquement le prix demandé et le prix exécuté sur
vos ordres au marché et vos stops. La moyenne sur cent trades est votre vrai coût de slippage.
6. Les frais d'inactivité et de tenue de compte
Beaucoup de courtiers facturent après quelques mois sans transaction. Montants modestes, mais
prélevés sur un compte dormant, donc en pure perte.
Effet pervers rarement identifié : ces frais créent une incitation à trader pour ne pas payer.
Si vous vous êtes déjà dit « autant passer un ordre, sinon je vais être facturé », vous avez
laissé la grille tarifaire prendre une décision d'investissement à votre place.
7. Les frais de retrait et de virement
La plus petite ligne, mais celle qui trahit le mieux la philosophie d'une maison. Un courtier
qui facture le retrait de vos propres fonds vous dit quelque chose sur la façon dont il vous
considère. À vérifier avant l'ouverture du compte, pas après.
Le calcul que personne ne fait
Voici l'exercice le plus utile de ce message. Prenez votre relevé annuel et calculez :
Coût total ÷ Capital moyen = votre taux de frais annuel
Puis comparez ce chiffre à 6,6 %, qui est le rendement réel annuel moyen des actions
américaines depuis 1900.
Si vos frais représentent 4 % de votre capital par an, vous avez besoin d'une performance
brute d'environ 11 % simplement pour égaler un investisseur passif qui ne fait rien. Si vos
frais atteignent 10 %, il vous faut 17 % de performance brute par an — soit un niveau que
la quasi-totalité des gérants professionnels ne tiennent pas sur la durée.
Rappelez-vous l'étude de Barber et Odean : les particuliers les plus actifs ne sélectionnaient
pas plus mal que les autres. Avant frais, tous les quintiles obtenaient à peu près la même
performance. C'est uniquement après frais que l'écart devenait abyssal.
Deux règles pratiques pour finir
Ne comparez jamais deux courtiers sur une seule ligne. Le moins cher en commission est
souvent le plus cher en spread, et l'inverse. La seule comparaison valide se fait sur le coût
total simulé de votre activité réelle : votre nombre de trades, votre taille moyenne,
votre durée de détention, vos horaires.
Recalculez chaque année. Les grilles changent, votre activité change, et un courtier
optimal pour un profil actif est rarement optimal pour un profil devenu plus lent.
Ce message est à visée pédagogique et ne constitue pas un conseil en investissement.
Les tarifs évoqués sont des ordres de grandeur : vérifiez toujours la grille en vigueur
de votre propre courtier.
Ce que votre courtier vous coûte réellement : les sept lignes de facturation
Modérateur : Administrateurs

