D'où vient une espérance positive : les trois seules sources, et ce qui les exploite

Posez vos questions relatives au trading, Aidez les autres membres, et découvrez les nombreuses discussions de ce forum dédié à l'apprentissage et la formation sur la bourse et la finance.

Modérateur : Administrateurs

Message
Auteur
JosephTot

D'où vient une espérance positive : les trois seules sources, et ce qui les exploite

#1 Message par JosephTot »

La bonne question n'est pas « quelle stratégie marche ». C'est : pourquoi quelqu'un me paierait-il ?

Sur un marché, personne ne vous donne d'argent par accident. Si votre approche a une espérance positive, il existe forcément une raison identifiable — quelqu'un, quelque part, a un motif rationnel de vous transférer de la valeur. Si vous ne savez pas nommer ce motif, vous n'avez pas trouvé un avantage : vous avez trouvé une régularité dans du bruit.

Il n'existe que trois raisons. Toutes les approches robustes se rattachent à l'une d'entre elles.


SOURCE 1 — Vous êtes payé pour porter un risque

C'est la prime de risque. Vous acceptez une exposition dont d'autres ne veulent pas, et le marché vous rémunère pour ce service.

C'est la source la plus solide, la mieux documentée et la plus accessible. C'est aussi la seule qui ne demande aucune compétence de prévision.

Ce qui l'exploite : la détention d'actions diversifiées sur longue durée. Depuis 1900, les actions sont l'actif liquide le plus performant dans la totalité des 21 pays disposant d'un historique continu, avec un rendement réel de l'ordre de 6,6 % par an aux États-Unis.

Pourquoi ça continuera vraisemblablement de fonctionner : tant que les entreprises génèrent des bénéfices et que les investisseurs exigent une compensation pour la volatilité, la prime existe. Elle n'est pas un défaut de marché que l'arbitrage viendra corriger — elle est le prix du risque.

Sa limite : la prime se paie en drawdowns. -40 % arrive, et arrivera encore. Ceux qui vendent à ce moment-là ne perçoivent jamais les 6,6 %.


SOURCE 2 — Vous rendez un service au marché

Vous fournissez de la liquidité, ou vous vendez une assurance. On vous paie une commission pour cela.

Ce qui l'exploite : la tenue de marché, l'apport de liquidité par ordres limites, et la vente de volatilité — la volatilité implicite excède en moyenne la volatilité réalisée, parce que les acheteurs de protection paient une prime pour dormir tranquilles.

La réalité que personne ne dit : c'est une source authentique, mais elle est aujourd'hui largement captée par des acteurs automatisés dont l'infrastructure vous est inaccessible. Et la vente de volatilité a une distribution atroce : beaucoup de petits gains réguliers, puis une perte qui efface plusieurs années. Elle a ruiné des professionnels expérimentés à intervalles réguliers. Espérance positive ne signifie pas survie.

Si vous vous y intéressez malgré tout : la seule version défendable pour un particulier est une vente de volatilité couverte, avec une perte maximale connue à l'avance et acceptée. Toute version à perte non bornée est une bombe à retardement, quelle que soit l'espérance affichée sur le papier.


SOURCE 3 — Vous exploitez une inefficience comportementale persistante

D'autres participants commettent des erreurs systématiques et répétées. Vous prenez l'autre côté.

C'est la source la plus fragile des trois, parce qu'une inefficience connue tend à se réduire une fois publiée. Mais certaines persistent depuis plus d'un siècle — précisément parce qu'elles sont inconfortables à exploiter.

Ce qui l'exploite le mieux : le suivi de tendance systématique.

C'est, de loin, la stratégie active la mieux documentée qui existe. Hurst, Ooi et Pedersen ont reconstruit une stratégie de momentum temporel sur 67 marchés — 29 matières premières, 15 marchés obligataires, 12 devises, 11 indices actions — de 1880 à 2016. Résultats, nets de coûts de transaction estimés :
  • Rendement moyen positif dans chaque décennie depuis 1880, soit treize décennies consécutives.
  • Ratio de Sharpe moyen d'environ 0,4.
  • Performance positive dans 8 des 10 plus fortes baisses d'un portefeuille classique 60/40.
  • Résultats maintenus à travers les guerres, la Grande Dépression, la stagflation, les régimes de taux hauts et bas.
C'est exactement ce que les Turtle Traders appliquaient en 1983 : acheter ce qui monte, vendre ce qui baisse, couper vite, laisser courir.

Pourquoi ça persiste malgré la publication : parce que c'est psychologiquement pénible. La stratégie perd sur la majorité de ses trades, subit de longues périodes plates, et vous oblige à acheter ce qui vient déjà de monter. Ceux qui pourraient l'appliquer ne le supportent pas. L'inefficience survit à sa propre publication parce que l'obstacle n'est pas le savoir, c'est l'endurance.

Ses conditions d'existence, non négociables : beaucoup de marchés peu corrélés — pas deux indices actions qui bougent ensemble — et une exécution strictement mécanique. Appliqué à un seul instrument, le suivi de tendance ne fonctionne pas de manière fiable.


Le seul véritable free lunch

Il en existe un, et un seul : la diversification entre sources décorrélées.

Si vous combinez deux flux de rendement d'espérance positive et faiblement corrélés, le rendement de l'ensemble est la moyenne des deux, mais le risque est inférieur à cette moyenne. Vous améliorez le rapport rendement/risque sans rien sacrifier. C'est la seule opération en finance qui n'a pas de contrepartie.

JosephTot

Re : D'où vient une espérance positive : les trois seules sources, et ce qui les exploite

#2 Message par JosephTot »

La question « pourquoi quelqu'un me paierait-il ? » est la seule qui trie vraiment, et je ne l'ai quasiment jamais vue posée aussi frontalement sur un forum. Le reste de la discussion habituelle — quelle moyenne mobile, quel timeframe — devient secondaire une fois qu'on l'a acceptée.

Cela dit, j'ai quelques désaccords et quelques compléments. Je les mets dans l'ordre d'importance.

1. Il manque une source, et elle est probablement la plus accessible au particulier

Ta source 3 range sous « inefficience comportementale » tout ce qui n'est ni prime de risque ni service au marché. Or il existe une catégorie distincte qu'il vaut la peine de séparer : les contraintes structurelles.

Un fonds indiciel qui achète une valeur le jour de son entrée dans l'indice ne commet pas une erreur : il exécute son mandat. Un gérant qui doit vendre parce qu'un titre est passé sous la note d'investissement ne se trompe pas : il obéit à son prospectus. Un investisseur qui vend en décembre pour purger une moins-value fiscale agit rationnellement. Une caisse de retraite qui rééquilibre trimestriellement le fait par règlement.

Dans tous ces cas, quelqu'un accepte un prix défavorable pour une raison parfaitement rationnelle, et vous pouvez être payé pour prendre l'autre côté.

La distinction n'est pas cosmétique. Une inefficience comportementale peut en théorie disparaître par la pédagogie : on peut apprendre aux gens à moins céder à la panique. Une contrainte structurelle, elle, ne disparaît pas — tant que le mandat existe, l'obligation existe. C'est donc, en principe, une source plus durable que la source 3, alors que ton texte la classe implicitement comme la plus fragile.

Elle a un défaut symétrique : sa capacité d'absorption est faible et les fenêtres sont étroites. Beaucoup de ces flux sont déjà captés par des acteurs rapides. Mais pas tous, et notamment pas sur les petites capitalisations, où les contraintes de taille interdisent aux gros de venir.

Dans le même esprit, je séparerais aussi le travail d'information : être payé parce qu'on a lu le rapport annuel que personne n'a lu, appelé le fournisseur, compté les camions. Ce n'est ni une prime de risque, ni un service de liquidité, ni l'erreur d'autrui — c'est simplement un travail que la contrepartie n'a pas fait. Sur les grandes capitalisations c'est illusoire, sur les valeurs suivies par deux analystes ça reste défendable.

2. Les frontières entre tes trois sources sont beaucoup plus poreuses que le post ne le suggère

Et cette porosité n'est pas un détail théorique : elle détermine la survie de la stratégie.

Prends précisément le momentum, que tu classes en source 3. Le débat entre l'école de Fama, qui y voit une prime de risque mal spécifiée, et celle d'Asness, qui y voit une inefficience comportementale, n'est toujours pas tranché après trente ans. Or les deux lectures ont des conséquences opposées : si c'est une prime de risque, elle survit à sa publication par construction ; si c'est un biais, elle peut mourir quand assez de capital vient l'exploiter.

Ton argument « elle persiste parce qu'elle est psychologiquement pénible » est le meilleur qu'on puisse faire côté comportemental, et je le trouve convaincant. Mais il est invérifiable ex ante, et il a exactement la même structure logique que « cette fois c'est différent » — simplement retourné.

Ce que j'en retiens : quand on ne sait pas dire à quelle catégorie appartient sa source, on ne sait pas non plus si elle survivra. C'est une incertitude à intégrer au dimensionnement, pas à évacuer.

3. Correction sur le chiffre de 6,6 %

Point factuel, mais important, parce que ce chiffre est le plus recopié de toute la finance de détail.

Les 6,6 % de rendement réel annuel depuis 1900 du Global Investment Returns Yearbook sont le chiffre américain. Tu l'écris d'ailleurs correctement, mais le lecteur pressé va retenir « les actions rapportent 6,6 % réel ».

Or, dans la même base de données, les marchés développés dans leur ensemble ressortent autour de 4,4 % réel annualisés, et les marchés émergents autour de 2,6 %. L'écart entre 6,6 et 4,4 sur un siècle est colossal en capitalisé.

Et surtout : les États-Unis représentent aujourd'hui environ 62 % de la capitalisation mondiale précisément parce que ce sont eux qui ont le mieux performé. Utiliser leur rendement comme estimation de la prime de risque future, c'est faire du biais de sélection à l'échelle du siècle. Dimson, Marsh et Staunton eux-mêmes passent leur temps à mettre en garde contre cet usage de leurs propres chiffres.

Deux autres précisions sur la même source : l'édition récente couvre 35 marchés, dont 23 avec un historique complet depuis 1900 — le chiffre de 21 pays que tu cites est celui d'une édition ancienne. Et depuis 2000, le rendement réel de l'investisseur actions mondial est de l'ordre de 3,5 % annualisé. Un quart de siècle à la moitié de la moyenne longue, ce n'est pas un détail pour quelqu'un qui construit un plan de retraite.

Ça ne détruit pas ta source 1, qui reste la plus solide des trois. Ça dit juste que la bonne hypothèse de travail est probablement 4 à 5 % réel, pas 6,6 %.

4. Sur le suivi de tendance : l'écart entre le papier et le vécu

C'est mon désaccord principal, et il ne porte pas sur l'existence de la source mais sur sa captation.

L'étude Hurst, Ooi et Pedersen est réelle, sérieuse, et ses résultats sont ce que tu décris. Deux réserves méthodologiques néanmoins. Les trois auteurs travaillaient chez AQR, qui commercialise des produits de suivi de tendance — ils le déclarent, ce n'est pas une accusation, mais un backtest publié par un vendeur du produit mérite le même scepticisme qu'un track record de formateur. Et les coûts de transaction y sont estimés, sur des marchés de 1880 où ils sont largement reconstitués.

Le vrai test, c'est l'argent réel. Sur l'indice de référence de l'industrie, qui suit les plus gros CTA effectivement investis :
  • Sur la période janvier 2010 – mi-2025, l'indice SG CTA ressort à environ 2,9 % annualisés, pour un ratio de Sharpe d'environ 0,14 et un drawdown maximal de l'ordre de 23 %.
  • Sur les quinze dernières années, la performance a été à peu près plate, sauvée par deux épisodes macro — 2014 et la période Covid-inflation.
  • Environ 61 % des programmes qui composaient l'indice en 2000 ont cessé d'exister depuis.
Comparez ça au Sharpe de 0,4 sur treize décennies. L'écart n'est pas une nuance : c'est la différence entre une stratégie qu'on tient et une stratégie qu'on abandonne au bout de six ans.

Trois explications coexistent, et je ne sais pas les départager : les frais réels des fonds (2 et 20 pendant longtemps), la dégradation de l'exécution sur les carnets d'ordres depuis la domination du trading haute fréquence, et une possible érosion de la prime elle-même par afflux de capital. Peut-être les trois.

Conclusion pratique, qui ne contredit pas ton post mais le complète : le suivi de tendance est probablement la source active la mieux documentée, et c'est simultanément une stratégie dont un investisseur réel des quinze dernières années a tiré très peu. Les deux affirmations sont vraies en même temps.

5. Existence n'est pas captation — j'ajouterais une quatrième question à ton test

Ton test est : puis-je nommer qui me paie et pourquoi ? Excellent, mais insuffisant. Il faut le compléter par : cette source est-elle encore captable par moi, à ma taille, avec ma structure de coûts, ma fiscalité et mon horizon ?

Tu le fais toi-même pour la source 2, en reconnaissant qu'elle est largement accaparée par des acteurs automatisés. La même question vaut pour les deux autres :
  • La prime actions existe, mais l'écart entre le rendement du fonds et le rendement effectivement perçu par ses porteurs est structurellement négatif, parce que les gens achètent après les hausses et vendent après les baisses. La source est intacte, la captation ne l'est pas.
  • Le suivi de tendance requiert des dizaines de marchés faiblement corrélés — tu le dis — ce qui suppose des futures, donc de la marge, donc un capital qu'une majorité de particuliers n'a pas. En dessous d'un certain montant, la source est réelle et inaccessible.
  • Et la fiscalité française transforme certains avantages bruts en néant net, sujet dont on parle beaucoup trop peu ici.
Une source existante mais non captable est, du point de vue de celui qui décide, exactement équivalente à une source inexistante.

6. Le free lunch, oui — mais il n'est pas gratuit

Sur le fond je suis d'accord, et c'est mathématiquement solide. Deux nuances quand même.

D'abord, la formulation « le rendement de l'ensemble est la moyenne des deux » est vraie en arithmétique, mais l'effet réel est meilleur : en rendement composé, la réduction de variance améliore aussi le rendement géométrique, et le rééquilibrage ajoute un terme positif quand les actifs sont volatils et peu corrélés. Le repas est donc un peu plus copieux que tu ne le dis.

Ensuite, et c'est la vraie limite : la corrélation est un paramètre estimé sur le passé, instable, et qui monte précisément quand on en a besoin. Le Yearbook 2026 le note explicitement : la concentration des marchés et la hausse des corrélations rendent la diversification plus difficile qu'avant — tout en concluant qu'elle fonctionne toujours. Deux sources décorrélées sur vingt ans peuvent se retrouver à 0,8 pendant les six semaines qui comptent.

Et il y a un coût que ton post passe sous silence : diversifier signifie détenir en permanence quelque chose qui perd. C'est arithmétiquement indolore et psychologiquement très coûteux. La plupart des gens qui abandonnent un portefeuille diversifié ne le font pas parce qu'il a mal performé globalement, mais parce qu'ils n'ont pas supporté de regarder la ligne qui traînait pendant trois ans. Le déjeuner est gratuit ; le fait de rester assis à table ne l'est pas.

Dernière chose : le raisonnement ne fonctionne que si les deux flux ont une espérance positive. Diversifier une source positive avec une source négative ne réduit pas seulement le risque, ça détruit du rendement. C'est exactement ce que font ceux qui « diversifient » un PEA correctement construit avec un compte CFD.

7. Une chose qui n'est pas une source, et qu'on confond souvent avec ça

Le levier. Il n'est ni une prime, ni un service, ni une inefficience : c'est un multiplicateur. Il ne crée aucune espérance, il amplifie celle qu'on a — y compris quand elle est négative — et il augmente la probabilité de ruine avant que l'espérance ait eu le temps de s'exprimer.

Je le précise parce que c'est la confusion la plus fréquente chez ceux qui découvrent ce genre de raisonnement : ayant compris qu'il faut une source, ils croient en avoir trouvé une quatrième.

Pour poursuivre

Deux questions, sincèrement ouvertes.

Sur ta source 3, comment tranches-tu, dans ta propre pratique, entre une stratégie qui traverse une période plate normale et une stratégie dont la source s'est éteinte ? Les deux se ressemblent en temps réel, et c'est le problème le plus difficile de toute cette discussion. Le cas du suivi de tendance depuis 2010 est exactement ce dilemme grandeur nature.

Et pour ceux qui lisent ce fil : parmi les approches que vous appliquez réellement, combien passent le test de JosephTot en une phrase, sans jargon ? C'est un exercice inconfortable mais rapide.

JosephTot

Période plate ou source éteinte ? Pourquoi la performance ne peut pas répondre, et ce qu'il faut surveil

#3 Message par JosephTot »

Je prends la question laissée ouverte à la fin du message précédent, parce que c'est effectivement la plus difficile de tout le fil : comment savoir, en temps réel, si on traverse une période plate normale ou si la source qu'on exploitait a cessé d'exister ?

La réponse courte est désagréable : par la performance seule, on ne peut pas savoir. Ce n'est pas une question de patience ou de finesse d'analyse, c'est une impossibilité arithmétique. Et une fois qu'on l'a admise, on arrête de chercher la réponse au mauvais endroit.

1. Le temps nécessaire pour trancher, en chiffres

La statistique de test d'une série de rendements vaut approximativement le ratio de Sharpe multiplié par la racine du nombre d'années. Pour atteindre un seuil de significativité classique à deux écarts-types, il faut donc environ (2 / Sharpe)² années de données. Ce qui donne :
  • Sharpe 1,0 : environ 4 ans pour distinguer la stratégie du hasard.
  • Sharpe 0,5 : environ 16 ans.
  • Sharpe 0,4, soit le chiffre du suivi de tendance sur treize décennies : environ 25 ans.
  • Sharpe 0,14, soit le chiffre réellement constaté sur l'indice des CTA depuis 2010 : plus de deux siècles.
Et ce n'est que pour distinguer la stratégie de zéro. Pour distinguer un Sharpe de 0,4 d'un Sharpe de 0,2, c'est-à-dire pour détecter une source qui s'est affaiblie de moitié sans mourir, il faut de l'ordre du siècle de données.

Corollaire direct, en admettant un Sharpe vrai de 0,4 et des rendements bien élevés : environ une année sur trois est négative, une séquence de trois années négatives arrive avec une probabilité de l'ordre d'une chance sur quatre, cinq années perdantes d'affilée avec une chance sur cinq, et une décennie entière perdante avec une chance sur dix. Ces chiffres supposent des rendements indépendants et normaux, hypothèse généreuse : en pratique, l'autocorrélation des régimes et la volatilité variable les dégradent.

Donc quand quelqu'un dit « ma stratégie ne marche plus depuis quatre ans », l'énoncé ne contient, à lui seul, strictement aucune information. Une chance sur cinq de vivre pire que ça avec une stratégie parfaitement saine, c'est le fonctionnement normal du dispositif, pas un signal.

2. Le cas du suivi de tendance depuis 2010, traité au chiffre

Reprenons l'écart pointé plus haut : Sharpe de 0,4 sur le papier, environ 0,14 constaté sur l'indice des CTA sur quinze ans. Est-ce la preuve d'une érosion de la source ?

Deux éléments à mettre dans la balance avant de conclure.

L'erreur d'estimation, d'abord. L'écart-type d'un Sharpe estimé vaut environ l'inverse de la racine du nombre d'années, soit environ 0,26 sur quinze ans. L'écart entre 0,40 et 0,14 est de 0,26, c'est-à-dire exactement un écart-type. Statistiquement, ces deux valeurs sont indiscernables. Quinze ans, sur cette classe de stratégie, ne constituent pas un échantillon.

Les frais, ensuite, et ils font l'essentiel du travail. Un programme à 10 % de volatilité avec un Sharpe brut de 0,4 dégage environ 4 % de rendement excédentaire brut. Une commission fixe de 2 % en absorbe la moitié. Une commission de surperformance de 20 % ampute encore le reste. On arrive à un net de l'ordre de 1,5 à 2 %, soit un Sharpe net autour de 0,15 à 0,20. C'est, à la décimale près, ce que l'indice affiche.

Autrement dit : la structure de frais de l'industrie, à elle seule, reconstitue presque intégralement l'écart entre le papier et le vécu, sans qu'on ait besoin d'invoquer la moindre disparition de la prime.

Cela ne prouve pas que la source est intacte. Cela établit que les données observées ne réclament pas l'hypothèse de son extinction. Nuance importante : « compatible avec la mort de la source » et « démonstration de la mort de la source » sont deux états de connaissance très différents, et la quasi-totalité des débats sur ce sujet confond les deux.

Une précision complémentaire sur l'indice lui-même : il retient les plus gros programmes ouverts à la souscription. C'est précisément la population la plus exposée aux contraintes de capacité et à l'impact de marché. Un opérateur systématique de petite taille n'a pas la même contrainte, même s'il en a d'autres, largement pires côté coûts unitaires et diversification.

3. La conséquence pratique : cesser de surveiller le P&L

Si la performance ne peut pas trancher dans un horizon humain, alors il faut surveiller autre chose : le mécanisme lui-même.

La distinction opérationnelle qui change tout est celle-ci, et elle demande de journaliser autre chose que des gains et des pertes :
  • Cas A : la condition d'existence de la source ne s'est pas présentée. Pour un suivi de tendance, cela veut dire peu de marchés en tendance soutenue, des durées de mouvement écourtées, des corrélations croisées élevées qui réduisent le nombre de paris réellement indépendants. La stratégie est plate parce qu'il n'y avait rien à capter. Ce n'est pas une mort, c'est une saison.
  • Cas B : la condition s'est présentée à sa fréquence habituelle, et elle n'a plus payé. Les configurations sont là, en nombre normal, et le rendement conditionnel s'est effondré. C'est le seul signal de dégradation qui mérite qu'on l'écoute.
Ces deux cas produisent exactement la même courbe d'équité. Ils sont indiscernables si on ne regarde que le P&L, et parfaitement distinguables si on a enregistré les variables intermédiaires. D'où une règle simple : tout système déployé doit journaliser, à chaque décision, l'état des variables dont dépend sa source — pas seulement son résultat.

Concrètement, selon la source invoquée :
  • Prime de risque actions : la variable à suivre n'est pas le prix, c'est le rendement des bénéfices et leur distribution. Un marché qui baisse pendant que les bénéfices tiennent n'affaiblit pas la source, il améliore le prix d'entrée.
  • Apport de liquidité ou vente de volatilité : le taux d'exécution des ordres limites, le rapport entre prime encaissée et volatilité réalisée, la part des exécutions qui se retournent immédiatement contre vous (la sélection adverse). C'est là que se lit la captation par des acteurs plus rapides, bien avant que le P&L ne le dise.
  • Contrainte structurelle : le mandat existe-t-il toujours ? Une règle d'indice modifiée, une réglementation amendée, un changement de fiscalité, et la source disparaît du jour au lendemain, proprement, sans période plate préalable. Bonne nouvelle relative : c'est la seule des quatre sources dont la mort est observable directement, par lecture d'un texte plutôt que par statistique.
  • Suivi de tendance : proportion de marchés en tendance, durée moyenne des mouvements, matrice de corrélation, nombre effectif de paris indépendants.
4. Trois tests de discrimination, dans l'ordre où je les passerais
  • Mes pairs sont-ils dans le même état ? Si l'ensemble des opérateurs d'une même source est plat simultanément, c'est la source ou la saison. Si je suis seul à l'être, c'est mon exécution, mes coûts ou mon implémentation. C'est le test le plus rapide et le plus souvent négligé.
  • Le brut a-t-il tenu pendant que le net s'effondrait ? Si oui, la source est vivante et c'est la captation qui est morte. Cas de figure très fréquent, conséquence radicalement différente : on ne change pas de stratégie, on change de courtier, de taille, d'instrument ou de fréquence.
  • Le mécanisme s'est-il présenté ? Cas A contre cas B ci-dessus. C'est le test décisif, et il n'est disponible que si on a journalisé en amont. On ne peut pas le reconstituer après coup, ce qui est la raison pour laquelle il faut y penser avant de déployer, pas au bout de la quatrième année plate.
5. L'horizon de revue doit correspondre à l'horizon de paiement de la source

Point rarement formulé, et qui tue beaucoup de portefeuilles corrects. Chaque source a une échelle de temps caractéristique sur laquelle elle se manifeste :
  • Prime de risque actions : elle se paie en décennies. La juger sur trois ans n'a pas de sens.
  • Apport de liquidité : en secondes à quelques jours, avec des milliers d'observations, donc évaluable vite.
  • Contrainte structurelle : en jours à quelques semaines, avec des occurrences datables à l'avance.
  • Suivi de tendance : en années, avec des occurrences rares et concentrées.
Si votre fréquence de révision est plus courte que l'horizon de paiement de la source, vous abandonnerez mécaniquement toutes vos stratégies, y compris les bonnes, et vous le ferez statistiquement au pire moment. La cohérence entre les deux n'est pas un détail de gouvernance personnelle, c'est une condition d'exploitation de la source au même titre que la diversification l'est pour la tendance.

6. Et si on ne tranche pas ?

Il faut accepter qu'on restera souvent dans l'incertitude, puisque le point 1 dit qu'on n'aura jamais les données suffisantes. La bonne réponse n'est alors pas binaire.

Une source dont on ne sait plus dire si elle est vivante ne mérite pas une décision de tout ou rien, elle mérite une réduction de taille. Diviser l'allocation par deux quand le doute s'installe préserve l'option d'y revenir, coûte peu si la source est morte, et coûte peu également si elle est vivante. Couper entièrement est un pari sur une information qu'on n'a pas.

Et la règle d'arrêt doit être écrite avant le déploiement, chiffrée, avec le seuil et l'horizon. Écrite pendant le drawdown, elle ne mesure plus la stratégie, elle mesure l'humeur.

Sur la seconde question posée à ceux qui lisent

Le test en une phrase, sans jargon. Un indice pour ceux qui vont tenter l'exercice : une réponse valide doit nommer une contrepartie et son motif. « Parce que les tendances ont tendance à se poursuivre » n'est pas une réponse, c'est une reformulation de la stratégie. « Parce que des investisseurs sous-réagissent à l'information puis sur-réagissent, et qu'ils me vendent trop tôt ce que j'accepte de garder » en est une, discutable mais énonçable.

Si la phrase ne contient personne, il n'y a personne pour payer.

JosephTot

Les deux questions décidables — le péage et le dimensionnement

#4 Message par JosephTot »

Ce fil a traité avec beaucoup de rigueur une question indécidable : ma source est-elle encore vivante ? La conclusion du message précédent est juste et un peu désespérante : on n'aura jamais assez de données pour trancher dans un horizon humain.

Je voudrais ajouter deux questions qui, elles, se calculent entièrement à l'avance, avant le premier trade, sans aucune incertitude statistique. Elles tuent, à mon avis, beaucoup plus de comptes que l'extinction d'une source. Et elles ont un point commun remarquable : ce sont les deux seules variables de toute cette discussion que l'opérateur contrôle intégralement.

1. Le péage : la fréquence décide si une source existante survit à son coût de captation

Le message #2 a posé la bonne distinction entre existence et captation. Je la chiffre, parce qu'elle devient beaucoup plus brutale une fois écrite.

Le coût annuel de friction, rapporté au capital, vaut : nombre de trades par an × coût aller-retour par trade × valeur du point ÷ capital.

Exemple concret, volontairement modeste. Un indice à 1 € le point, un coût aller-retour de 1,5 point (spread plus commission, sans compter le moindre slippage), trois trades par jour, 250 jours ouvrés, sur un compte de 10 000 €.

750 × 1,5 × 1 = 1 125 € de péage annuel, soit 11,25 % du capital.

Autrement dit : ce compte doit dégager plus de 11 % brut par an pour ne rien gagner du tout. Pour finir l'année à +5 % net, il lui faut un brut supérieur à 16 %. Sur une stratégie à 10 % de volatilité, cela réclame un ratio de Sharpe brut d'environ 1,6, c'est-à-dire quatre fois ce que le suivi de tendance a produit sur treize décennies.

Ce n'est pas un argument contre l'intraday. C'est un chiffrage du seuil. Et il faut le comparer à celui des autres sources, à capital égal :
  • Prime de risque actions détenue via un ETF large : de l'ordre de 0,2 % par an de frottement, rotation quasi nulle. La source rapporte peut-être 4 à 5 % réel, le péage en prélève un vingtième.
  • Suivi de tendance systématique diversifié : rotation modérée, coûts d'exécution de l'ordre de 1 à 2 % par an. Sur un brut de 4 %, le péage prend entre le quart et la moitié. C'est déjà considérable, et c'est avant les frais de gestion qui expliquent l'essentiel de l'écart discuté plus haut.
  • Contraintes structurelles : peu d'occurrences, donc un nombre de trades faible, mais un coût unitaire souvent élevé car on intervient au moment précis où tout le monde intervient. Le péage se calcule alors par événement, pas par an.
  • Intraday sur indices à effet de levier : l'ordre de grandeur ci-dessus, soit 10 % et plus du capital par an.
Le classement des sources par robustesse et leur classement par coût de captation ne sont pas le même classement. Et c'est le second qui détermine ce qu'il vous reste.

Le point le plus important de cette section est une asymétrie d'information. Le péage est connu à l'avance, avec deux décimales, et il se réalise à 100 % de probabilité. L'avantage est estimé, avec un écart-type du même ordre de grandeur que sa valeur centrale, comme le message précédent l'a établi. On met donc en face d'un chiffre certain une quantité incertaine. Toute évaluation honnête doit intégrer cette asymétrie : exiger une marge de sécurité proportionnelle à l'incertitude, et non pas comparer un brut espéré à un coût comme si les deux étaient de même nature.

Corollaire qui mérite d'être énoncé seul : une source parfaitement réelle peut être positive à une fréquence et négative à une autre. La fréquence n'est pas un paramètre de confort ou de tempérament, c'est le multiplicateur qui décide si le péage mange l'avantage. Beaucoup de gens qui cherchent une meilleure stratégie devraient d'abord chercher la même stratégie à une fréquence dix fois plus basse.

2. Le dimensionnement : espérance positive, croissance négative

Le message #1 disait qu'espérance positive ne signifie pas survie, et le message #2 rangeait correctement le levier parmi les multiplicateurs et non parmi les sources. Je complète, parce que la relation exacte est plus violente que ce que l'intuition suggère, et qu'elle est parfaitement calculable.

En rendement composé, le taux de croissance d'un portefeuille à levier L vaut approximativement L × μ − L² × σ² ÷ 2, où μ est le rendement excédentaire de la stratégie sans levier et σ sa volatilité. Le terme de gain est linéaire en L, le terme de perte est quadratique. Trois conséquences immédiates :
  • Le levier optimal vaut μ ÷ σ², soit le Sharpe divisé par la volatilité. Le portefeuille ainsi dimensionné a une volatilité exactement égale au ratio de Sharpe : pour un Sharpe de 0,4, cela signifie viser 40 % de volatilité annuelle. Personne ne tient ça, ce qui devrait déjà alerter sur le caractère purement théorique de l'optimum.
  • La croissance maximale atteignable vaut le carré du Sharpe divisé par deux. Pour un Sharpe de 0,4, cela plafonne à 8 % par an, quel que soit le levier employé. Le levier ne permet jamais de dépasser ce plafond, il permet seulement de s'en approcher puis de s'en éloigner.
  • Au double du levier optimal, la croissance est exactement nulle. Au-delà, elle est négative, avec une espérance par trade toujours positive. C'est la formalisation précise de l'avertissement du message #1.
Maintenant le point qui fait le lien avec tout le reste du fil. Ce levier optimal se calcule à partir du vrai μ, que personne ne connaît. On l'estime. Et le message #3 a établi que sur quinze ans, l'écart-type d'un Sharpe estimé est de l'ordre de 0,26, soit une incertitude comparable à la valeur mesurée elle-même.

Or il suffit de surestimer son Sharpe d'un facteur deux et de dimensionner à l'optimum apparent pour se retrouver exactement au point de croissance nulle. Un facteur deux sur une estimation de Sharpe, ce n'est pas une erreur grossière, c'est l'ordinaire du métier. Le suivi de tendance à 0,40 sur le papier et 0,14 en réel, c'est un facteur 2,9.

D'où la règle, qui n'est pas de la prudence mais de l'arithmétique correcte : on ne dimensionne jamais à l'optimum calculé, on dimensionne à une fraction. La moitié de l'optimum conserve 75 % de la croissance maximale pour la moitié de la volatilité, et surtout elle laisse la marge nécessaire pour qu'une erreur d'estimation d'un facteur deux ne soit pas fatale. Le quart est encore plus défendable dès que l'échantillon est court.

Et ce calcul est généreux, parce qu'il suppose un réajustement continu et des pertes proportionnelles. Avec des gaps, du week-end, et un compte à levier où l'appel de marge arrive avant que la formule n'ait fini de s'exprimer, la probabilité réelle de ruine est supérieure à ce que le modèle annonce.

3. Les deux filtres sont multiplicatifs, et ils s'appliquent avant tout le reste

Une source réelle, correctement identifiée, encore captable, peut donc produire zéro ou moins que zéro pour deux raisons purement mécaniques qui n'ont rien à voir avec son extinction : une fréquence qui fait passer le péage devant l'avantage, une taille qui fait passer le terme quadratique devant le terme linéaire.

Ce sont deux erreurs entièrement évitables, calculables sur un coin de table, avant le déploiement. Et c'est là que se trouve, à mon sens, la vraie mauvaise allocation d'attention du trader particulier : énormément d'énergie consacrée à la question indécidable, à peu près aucune aux deux questions décidables.

D'où la quatrième question que j'ajouterais au test : à quelle fréquence et à quelle taille cette source reste-t-elle positive nette, pour moi, avec mes coûts ?

4. L'application honnête à ce que fait la majorité des lecteurs de ce forum

Puisque la question a été posée aux lecteurs, je m'y colle, sur ma propre pratique, et je ne trouve pas la réponse confortable.

J'opère une fenêtre d'une heure autour de l'ouverture du cash américain sur indice, avec environ deux tiers de trades gagnants sur mon historique réel, sur un échantillon qui commence à peine à être significatif. Ma phrase, sans jargon, serait : « à cette heure précise, un volume important de flux contraints se déverse dans le carnet en quelques minutes, une partie de ces ordres est insensible au prix, et j'accepte de porter le déséquilibre qu'ils créent pendant quelques minutes. »

Elle nomme une contrepartie et un motif, donc elle passe formellement le test. Mais elle passe moins bien les deux filtres ci-dessus, et je préfère l'écrire ici que me le cacher : à cette fréquence, le péage annuel rapporté à mon capital est du même ordre de grandeur que l'avantage brut que je crois mesurer, et l'incertitude sur cet avantage est encore supérieure à l'écart entre les deux. Ce qui signifie qu'en toute rigueur, je ne peux pas encore affirmer que ma source nette est positive. Je peux seulement dire qu'elle n'est pas encore réfutée, ce qui n'est pas la même chose, et que les décisions qui en découlent sont donc une baisse de fréquence, une baisse du coût unitaire, et une taille fractionnaire — pas une augmentation de conviction.

C'est exactement l'exercice inconfortable proposé plus haut. Je le recommande à tout le monde, à condition d'accepter d'en tirer les conséquences plutôt que de chercher la phrase qui sauve la mise.

Ce que je retire du fil

Nous avons quatre questions, dans cet ordre logique : qui me paie et pourquoi, cette source est-elle encore captable à ma taille, à quelle fréquence et quelle taille reste-t-elle positive nette, et comment saurai-je qu'elle est morte.

La première trie les illusions. La deuxième élimine la majorité des sources réelles pour un particulier. La troisième est la seule entièrement sous contrôle, et c'est celle qu'on néglige le plus. La quatrième n'a pas de réponse certaine, ce qui est précisément pourquoi la réponse à la troisième doit être conservatrice.

JamesFab

Re: Espérance positive trading / bourse / finance / stratégie

#5 Message par JamesFab »

Fil remarquable. J'ai refait les calculs des messages #3 et #4 : ils sont justes, à une formulation près, qui mérite d'être corrigée parce qu'elle change la lecture.

1. « Cinq années perdantes d'affilée » : ce n'est pas ce que dit le calcul

Avec un Sharpe vrai de 0,4, la probabilité d'une année négative est bien d'environ une sur trois. Mais les chiffres suivants (une chance sur quatre sur trois ans, une sur cinq sur cinq ans, une sur dix sur une décennie) correspondent à la probabilité que le résultat cumulé sur la période soit négatif, pas à une succession d'années toutes perdantes. Cinq années perdantes consécutives, avec des années indépendantes, c'est de l'ordre d'une chance sur deux cents.

Le message de fond reste valable, et il est même plus fort ainsi formulé : on peut vivre cinq ans sans rien gagner au total avec une stratégie parfaitement saine, sans avoir eu le sentiment d'une série noire.

2. Le délai de décision n'est pas le même pour toutes les sources

Le calcul en (2 / Sharpe)² années suppose des rendements à peu près symétriques. Pour les stratégies à asymétrie négative (grilles, vente de volatilité, martingales, beaucoup de stratégies d'open), il est trompeur dans le mauvais sens : le Sharpe mesuré peut être excellent sur un échantillon qui ne contient tout simplement pas l'événement rare qui détermine le résultat.

La bonne question n'est alors pas « combien d'années pour que le Sharpe soit significatif », mais « mon échantillon a-t-il eu le temps de contenir la queue ». Exemple : si la séance catastrophique survient en moyenne une fois toutes les 300 séances, un test de six mois (environ 125 séances) a deux chances sur trois de ne jamais la rencontrer. Le backtest est propre, la démo est propre, les premiers mois en réel sont propres, et rien de tout cela ne mesure le risque.

D'où une règle que j'ajouterais au test du fil : pour une stratégie à taux de réussite élevé, on ne valide pas une espérance, on cherche l'événement qui la détruit, en remontant aussi loin que possible dans l'historique, et on dimensionne en supposant qu'il arrivera dès la première semaine.

3. Corollaire sur le dimensionnement

Le calcul de levier optimal du message #4 suppose lui aussi une distribution sans queue épaisse. Pour une stratégie à asymétrie négative, le bon point de départ n'est pas le Sharpe, c'est la perte maximale plausible : on fixe la taille pour que cette perte reste supportable, et on regarde ensuite seulement ce que cela laisse comme rendement. Si le rendement résultant n'en vaut pas la peine, c'est que la stratégie n'en vaut pas la peine.

JamesFab

Espérance de gain positive

#6 Message par JamesFab »

JosephTot a eu l'honnêteté de faire l'exercice sur sa propre pratique au message #4. Je m'y colle aussi.

Ma phrase, et pourquoi elle ne tenait pas

J'ai tradé ces derniers mois une stratégie de reprises d'entrées aux opens DAX et Nasdaq, avec un taux de réussite très élevé. Si j'avais dû écrire ma phrase au départ, elle aurait été : « à l'ouverture, le prix fait du bruit autour de sa direction, et je capte ce bruit en multipliant les entrées dans le sens choisi. »

Le problème, c'est qu'elle ne contient personne. Quand j'ai simulé la stratégie sur près de trois ans de données à la minute, il est apparu que mes choix de direction étaient au niveau du hasard, et que la régularité des gains venait de la structure : beaucoup de petits gains, payés par l'acceptation d'une perte rare et très lourde les jours où le marché part d'un côté dès l'ouverture sans revenir.

La phrase honnête était donc : « je vends une assurance contre les ouvertures directionnelles, à un prix que je n'ai jamais calculé, avec une perte non bornée. » C'est la source 2 du message #1, dans sa version que JosephTot qualifie à juste titre de bombe à retardement. C'est pour ça que j'ai arrêté.

Un point que le fil n'a pas abordé : par rapport à quel capital calcule-t-on le levier ?

Le calcul du message #4 raisonne sur « le capital ». Mais pour beaucoup de traders particuliers, le compte de trading n'est qu'une poche d'un patrimoine plus large, avec une enveloppe maximale décidée à l'avance.

Ça change le raisonnement de deux façons :
  • Un levier très agressif sur un petit compte peut correspondre à un risque modéré à l'échelle de l'enveloppe totale. Ce qui compte pour la survie, c'est la fraction du capital de référence engagée, pas celle du compte.
  • À l'inverse, réalimenter le compte après une perte revient à augmenter la fraction risquée de l'enveloppe au moment précis où l'estimation de l'avantage devrait être revue à la baisse. C'est la forme la plus discrète de martingale, au niveau du compte et non du trade.
La règle qui en découle est simple : fixer l'enveloppe totale avant de commencer, calculer le dimensionnement par rapport à elle, et considérer chaque réalimentation comme une décision d'allocation à justifier, pas comme un réflexe.

Pour conclure sur le test

Je rejoins entièrement l'indice donné au message #3 : si la phrase ne contient personne, il n'y a personne pour payer. J'ajouterais : si elle contient quelqu'un mais qu'on ne sait pas dire combien il nous paie pour le risque qu'on lui retire, on ne sait pas non plus si le prix est le bon.

Répondre