Combien de turbos finissent désactivés ? Enquête ouverte — la statistique que personne ne publie

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JosephTot

Combien de turbos finissent désactivés ? Enquête ouverte — la statistique que personne ne publie

#1 Message par JosephTot »

Dans un fil précédent sur les statistiques de pertes, j'ai buté sur une absence qui m'a intrigué. On sait, chiffres AMF à l'appui, que plus de 89 % des particuliers perdent de l'argent sur le Forex et les CFD. On ne sait rien d'équivalent sur les turbos.

Pas « le chiffre est mauvais ». Pas « le chiffre est bon ». Il n'existe pas.

J'ai cherché sérieusement. Aucune publication de l'AMF, aucune d'Euronext, aucune d'un émetteur. Je vous propose donc qu'on la construise nous-mêmes, et je détaille ci-dessous exactement comment.

1. Pourquoi cette donnée manque

Trois raisons se cumulent, et aucune n'est un complot.

La réglementation ne l'impose pas. L'affichage du taux de comptes perdants découle de la décision d'intervention de l'ESMA de 2018, qui visait les CFD et les options binaires. Les turbos en ont été explicitement exclus, sur trois critères : ce sont des valeurs mobilières au sens de MiFID, elles n'exposent à aucun passif conditionnel au-delà de la mise, et elles sont cotées sur un marché réglementé. Le régulateur a raisonné sur le risque de dette, pas sur la probabilité de perte.

La chaîne est coupée en deux. L'émetteur fabrique le produit et en assure la cotation, mais il vend au marché et ne sait pas qui achète. Le courtier sait qui achète, mais n'est pas le fabricant, et le turbo est noyé dans un compte-titres avec des actions et des ETF. Personne ne détient les deux bouts.

Personne n'a intérêt à la produire. Les émetteurs communiquent sur le nombre de produits cotés et les volumes. Jamais sur le devenir des produits.

2. Mais une donnée voisine, elle, est publique

Et c'est là que ça devient intéressant.

On ne peut pas mesurer le résultat des clients, faute d'accès aux comptes. En revanche, on peut mesurer le devenir des produits eux-mêmes, et cette information est intégralement publique :
  • Chaque turbo a un ISIN et un mnémonique.
  • Chaque turbo est coté sur Euronext Paris, où un teneur de marché désigné par l'émetteur assure la liquidité et l'encadrement des cours.
  • Chaque désactivation sur barrière entraîne une radiation, horodatée et publique.
  • Chaque produit dispose d'un DIC (Document d'Informations Clés) qui donne son sous-jacent, sa barrière, son levier initial et sa date d'émission.
Autrement dit : la matière première d'une vraie statistique est là, sous nos yeux, dispersée mais accessible.

3. Les quatre chiffres qu'on cherche
  • Le taux de désactivation. Sur une cohorte de turbos émis à une date donnée, quel pourcentage touche sa barrière avant échéance ou avant rachat ?
  • La durée de vie médiane. Combien de jours, en médiane, entre l'émission et la désactivation ? Je fais le pari que la réponse va surprendre.
  • La courbe en fonction du levier. C'est la variable clé. Un turbo à levier 5 et un turbo à levier 40 sur le même sous-jacent n'ont évidemment pas le même destin — mais quelle est la forme exacte de la relation ? Linéaire, exponentielle, seuil ?
  • L'asymétrie call/put. Sur un marché haussier de longue durée, les turbos put se font-ils massacrer au point de fausser la moyenne d'ensemble ?
4. La méthodologie que je propose

Je la mets sur la table avant de produire le moindre résultat, pour qu'elle soit critiquable. Une statistique dont on découvre la méthode après coup ne vaut rien.
  • Cohorte figée. On sélectionne l'ensemble des turbos actifs sur un ou deux sous-jacents très liquides (CAC 40 et une valeur type TotalEnergies ou LVMH) à une date T, tous émetteurs confondus.
  • Suivi sur 12 mois. On enregistre pour chaque ISIN son statut à T+12 : encore coté, désactivé, arrivé à échéance, ou rappelé par l'émetteur.
  • Segmentation par levier initial, par tranches (moins de 5, 5-10, 10-20, 20-40, plus de 40).
  • Distinction turbos classiques / turbos illimités, qui n'ont pas la même mécanique de barrière.
  • Publication intégrale : le script, la liste des ISIN, les données brutes. Tout doit être reproductible par n'importe qui.
Techniquement, c'est un script Python qui interroge les listes de produits des émetteurs et croise avec les avis de radiation. Ce n'est pas trivial, mais ce n'est pas hors de portée non plus.

5. Les biais qu'il faudra assumer

Autant les nommer tout de suite, parce qu'ils viendront dans les commentaires :
  • Un taux de désactivation n'est pas un taux de perte client. Un turbo désactivé peut avoir été revendu avec profit trois semaines plus tôt par son porteur. Le lien existe, mais il est indirect, et il faudra le dire à chaque fois.
  • La période conditionne tout. Douze mois de tendance haussière calme et douze mois autour d'un choc de volatilité donneront des chiffres incomparables. D'où l'intérêt de refaire l'exercice chaque année.
  • Les émetteurs rappellent des produits pour des raisons commerciales, sans lien avec la barrière. Il faudra les isoler.
  • Le biais de sélection à l'émission : les émetteurs créent en permanence de nouveaux produits proches du cours, ce qui renouvelle mécaniquement la population. La cohorte figée règle ce problème, à condition de ne jamais y ajouter d'entrants.
6. Pourquoi ça vaut le coup

Parce que c'est le genre de chiffre qui manque à tout le monde et que personne ne fabrique.

Un particulier qui achète un turbo à levier 30 sait qu'il y a une barrière. Ce qu'il ne sait pas, c'est à quelle fréquence elle est touchée en pratique, et en combien de temps. Ces deux informations changent complètement la façon de dimensionner une position, et elles ne figurent nulle part — ni dans le DIC, qui est un document théorique construit sur des scénarios, ni dans les argumentaires commerciaux, où le mot « barrière » apparaît en petit.

7. Ce dont j'ai besoin
  • Quelqu'un qui a un historique de listes de produits d'un émetteur sur plusieurs mois. C'est le point de blocage principal : les émetteurs publient l'état courant, rarement l'archive.
  • Des retours d'expérience chiffrés : sur vos dix derniers turbos, combien ont été désactivés, et à quel levier ? Ce n'est pas statistiquement valide, mais ça donne un ordre de grandeur à confronter au résultat final.
  • Toute critique de la méthodologie ci-dessus. C'est le moment, pas après.
  • Et si quelqu'un a déjà trouvé une publication française ou européenne sur ce sujet, je suis évidemment preneur — je préférerais découvrir que le travail existe déjà.
Je publierai le script et les données brutes quoi qu'il arrive, y compris si le résultat est banal. Un chiffre rassurant serait une information tout aussi utile qu'un chiffre alarmant.

Et si aucun résultat ne sort, ce fil aura au moins documenté proprement pourquoi cette statistique n'existe pas. C'est déjà une réponse.

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