En moins de deux ans, Tradeify est passée du statut de nouvelle venue à celui d'acteur central du financement de traders sur les futures américains. Retour sur son parcours, son modèle et les questions qu'il soulève.
Des origines qui n'avaient rien de planifié
Brett Simberkoff et Vinan Mistry ne visaient pas les futures au départ. Les deux hommes avaient déjà collaboré sur des projets antérieurs, dont une communauté de trading lancée par Simberkoff dès 2012, et tradaient eux-mêmes chez Topstep, l'une des plus anciennes prop firms futures, autour de 2020. Leur projet initial était une prop firm orientée CFD.Ce plan a volé en éclats avec la fermeture de My Forex Funds, alors l'une des plus grosses prop firms CFD, à la suite d'une action de la CFTC américaine. Mistry explique que le marché CFD ne convenait plus, l'essentiel de leur clientèle étant basée aux États-Unis.
Le duo bascule alors vers les futures et lance Tradeify en 2024, après plusieurs faux départs et changements de cap. La société est basée aux États-Unis et a été fondée en juin 2024.Le timing s'est révélé favorable : la défiance envers le segment CFD poussait les traders vers les futures, où le prix vient d'une bourse centralisée et non d'une contrepartie unique.
Le modèle : simulation, parcours multiples, drawdown EOD
Tradeify se concentre exclusivement sur les futures CME et propose aujourd'hui trois chemins distincts :
- Growth : évaluation d'entrée de gamme, avec limite de perte journalière pendant l'évaluation et règle de consistance une fois financé
- Select : évaluation plus souple, avec choix du mode de paiement après validation (quotidien ou par cycles de jours gagnants)
- Lightning : financement immédiat sans évaluation préalable, avec une règle de consistance progressive
Point essentiel à garder en tête : les comptes « financés » restent des comptes simulés, sur lesquels le trader conserve 90 % des gains générés.
Tradeify
Les évolutions marquantes depuis le lancement
L'abandon de l'abonnement mensuel au profit du paiement unique est la décision la plus commentée. La société a constaté que la plupart des évaluations se soldaient, par une réussite ou un échec, en une semaine environ. Le modèle mensuel n'avait donc plus de sens, et Mistry indique que le changement n'a pas eu d'impact financier notable tout en améliorant l'expérience des traders.
Autres inflexions :
- Ajout d'un compte 25 000 dollars pour abaisser la barrière d'entrée, en particulier pour les traders hors États-Unis
- Lancement d'une offre prop sur les cryptos, adossée à des données de futures perpétuels, présentée comme une première étape vers une stratégie multi-actifs incluant à terme le forex et les CFD
- Investissement dans le sponsoring sportif à partir de décembre 2025, avec le fléchiste Luke Littler, le combattant MMA Israel Adesanya et le cricketer Travis Head, ciblant respectivement le Royaume-Uni, les États-Unis et l'Inde
- Expérimentation sur les marchés de prédiction, avec un tournoi gratuit adossé à la Coupe du monde de football
C'est probablement le mouvement le plus structurant. En mai 2026, Tradeify a lancé Slay Markets, un courtier de détail opéré par son entité Tradeify Brokerage LLC, accompagné d'un accord exclusif de compensation et de technologie avec NinjaTrader Clearing. Tradeify Brokerage LLC est enregistrée auprès de la CFTC comme introducing broker et membre de la NFA. Les fonds des clients restent chez NinjaTrader, qui exécute et compense l'ensemble des transactions.
La logique est assumée : permettre aux traders d'utiliser les paiements obtenus en environnement simulé pour alimenter un compte réel, la prop firm devenant un entonnoir vers le trading en direct. Mistry ajoute que les échanges avec le secteur suggèrent que les régulateurs attendent des prop firms qu'elles orientent leurs traders vers une exécution réelle plutôt que vers un modèle purement simulé.
Où en est la société aujourd'hui
- Plus de 100 000 traders actifs, soit sept fois plus qu'un an auparavant
- Effectif approchant les 150 personnes, dont environ la moitié au support client, traitant près de 5 000 tickets par jour
- 400 traders actifs sur le book réel de la société
- Un cap communiqué de 200 millions de dollars de paiements cumulés
- Une note Trustpilot de 4,6 sur 5 sur plusieurs milliers d'avis
Rien de tout cela ne dispense d'un examen critique. Plusieurs éléments méritent d'être posés clairement :
- Le track record reste court. Une société créée en 2024 n'a pas encore traversé de cycle complet, et une prop firm peut modifier ses règles ou cesser son activité
- Les frais d'évaluation sont un coût, pas un investissement. La grande majorité des acheteurs n'atteint jamais un premier retrait
- Les règles de consistance, la limite de perte journalière et le drawdown trailing sont des filtres, pas des détails contractuels. Ils déterminent l'issue bien plus que la stratégie elle-même
- La fraude est le principal risque interne identifié par les dirigeants eux-mêmes : fraude à la carte bancaire, fraude au trading et groupes de couverture de plus en plus sophistiqués
- L'éligibilité au financement réel dépend de la nationalité et du pays de résidence, avec une liste de restrictions qu'il faut vérifier avant tout achat
Le parcours de cette société est un condensé de l'évolution du prop trading retail : un modèle CFD fragilisé par une action réglementaire, un report massif vers les futures et leur exécution sur marché organisé, puis un début de normalisation avec l'arrivée de structures enregistrées et de véritables passerelles vers le marché réel.
Mistry le formule d'ailleurs sans détour : le secteur a besoin d'organisations professionnelles sérieuses plutôt que de nouvelles marques blanches. Reste à voir si cette maturation se fera d'elle-même ou sous la contrainte du régulateur.
Vos retours d'expérience sur Tradeify ou sur d'autres prop firms futures sont les bienvenus dans ce fil.

