L'action derrière le phénomène Labubu (Pop Mart (9992.HK)), retour sur le parcours et perspectives
Publié : 30 août 2026, 07:47
Bonjour à tous,
Suite au message sur Take-Two, on me demande le cas Pop Mart — la société chinoise derrière les Labubu. C'est effectivement un dossier coté à Hong Kong, sous le code 9992.HK, et c'est un cas d'école encore plus intéressant que TTWO : ici, le phénomène a eu lieu, l'argent est rentré, et le marché est déjà passé à la question d'après.
1. La société
Pop Mart International Group est un groupe pékinois spécialisé dans les figurines de collection vendues en « blind box » (boîte mystère : vous achetez sans savoir quelle figurine se trouve dedans). Le portefeuille comprend Labubu, Molly, Skullpanda, Dimoo, Crybaby, Hirono, Pucky. Introduit à Hong Kong en décembre 2020, dirigé par son fondateur Wang Ning.
Le modèle économique mérite d'être compris : environ la moitié des ventes se fait en boutique physique, le reste en ligne, avec un marché secondaire de revente très actif entre collectionneurs. Marge brute de 69,7 % au premier semestre 2026 — ce sont des niveaux de marque de luxe, pas de jouet.
2. Le parcours boursier : la montée, puis la purge
C'est le point le plus instructif du dossier, et il rejoint exactement la logique du message sur Take-Two. En mars 2026, trois éléments ont pesé bien plus lourd que la croissance affichée :
4. Le semestriel du 20 août 2026 : là où ça se complique
5. Ce que fait la société pour sortir du piège de la mode
La direction affiche deux axes : mondialisation et diversification autour des licences. Concrètement :
6. Valorisation et consensus
Le titre se paie environ 14 fois les bénéfices, pour un bénéfice par action de l'ordre de 11 HK$. À première vue, c'est bon marché pour une société qui affiche 30 % de marge nette ajustée.
Le piège classique est là : un PER faible sur des bénéfices de pic n'est pas un PER faible. Si le résultat 2026-2027 se contracte, le multiple réel est bien plus élevé qu'il n'y paraît. C'est exactement ce que redoute Citi, qui a abaissé son objectif à 198 HK$ et anticipe désormais une baisse de 8 % du chiffre d'affaires du groupe sur l'ensemble de 2026, en pointant des difficultés opérationnelles larges : gestion des stocks, chaîne d'approvisionnement, logistique, exploitation des magasins.
Le consensus reste pourtant globalement positif : sur 27 analystes, la recommandation moyenne est à l'achat, avec un objectif à douze mois autour de 215 HK$. Mais les avis divergent nettement — J.P. Morgan a dégradé le titre à « vendre » le 21 août, tandis que Citi, CICC et Huatai maintiennent leur opinion positive. Autre détail parlant : Pop Mart figurait parmi les valeurs les plus vendues à découvert de Hong Kong, avec la particularité que les vendeurs à découvert y perdaient de l'argent — situation qui s'est retournée en 2026.
7. Les points de vigilance
Pop Mart n'est pas une société en difficulté : elle est très rentable, elle génère du cash, elle rachète ses actions et elle diversifie activement. Le problème n'est pas l'entreprise, c'est le décalage entre ce que le marché avait payé en août 2025 et ce que la croissance réelle est capable de délivrer. Une action qui perd 55 % en un an tout en restant bénéficiaire, c'est très exactement la définition d'une compression de multiple.
Pour l'investisseur, la question à se poser n'est donc pas « Labubu est-il fini ? » mais « à quel multiple suis-je prêt à payer une société dont je ne sais pas si le bénéfice de 2025 était un plancher ou un plafond ? ». Tant que l'international reste orienté à la baisse, le doute reste légitime.
Des membres du forum sont positionnés dessus, ou l'ont été sur la hausse de 2025 ?
Ce message est proposé à titre pédagogique et informatif. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d'achat ou de vente. Les valeurs cotées à Hong Kong présentent des risques spécifiques (change, réglementation, liquidité). Investir en bourse comporte un risque de perte en capital. Faites vos propres recherches avant toute décision.
Suite au message sur Take-Two, on me demande le cas Pop Mart — la société chinoise derrière les Labubu. C'est effectivement un dossier coté à Hong Kong, sous le code 9992.HK, et c'est un cas d'école encore plus intéressant que TTWO : ici, le phénomène a eu lieu, l'argent est rentré, et le marché est déjà passé à la question d'après.
1. La société
Pop Mart International Group est un groupe pékinois spécialisé dans les figurines de collection vendues en « blind box » (boîte mystère : vous achetez sans savoir quelle figurine se trouve dedans). Le portefeuille comprend Labubu, Molly, Skullpanda, Dimoo, Crybaby, Hirono, Pucky. Introduit à Hong Kong en décembre 2020, dirigé par son fondateur Wang Ning.
Le modèle économique mérite d'être compris : environ la moitié des ventes se fait en boutique physique, le reste en ligne, avec un marché secondaire de revente très actif entre collectionneurs. Marge brute de 69,7 % au premier semestre 2026 — ce sont des niveaux de marque de luxe, pas de jouet.
2. Le parcours boursier : la montée, puis la purge
- 2022-2024 : le titre part de très bas. Le plus-bas historique date d'octobre 2022 à 10 HK$.
- Avril 2025 : le chiffre d'affaires du premier trimestre bondit de 165 à 170 % sur un an, avec un international en hausse de 475 à 480 %. Le titre inscrit un record.
- 26 août 2025 : sommet historique à 339,80 HK$. En juin 2025 déjà, le titre avait progressé de plus de 180 % depuis le 1er janvier, et jusqu'à douze fois son cours de février 2024.
- 25 mars 2026 : publication des résultats annuels 2025. Chiffre d'affaires de 37,12 Md CNY (+185 %), bénéfice de 12,78 Md CNY (+309 %). Des chiffres spectaculaires… et l'action chute de plus de 22 % dans la séance.
- 21 août 2026 : après les résultats semestriels, le titre décroche jusqu'à 8,9 % en séance, touchant 140,10 HK$, son plus-bas des 52 semaines.
- Fin août 2026 : le titre évolue autour de 150-155 HK, soit environ −34.
C'est le point le plus instructif du dossier, et il rejoint exactement la logique du message sur Take-Two. En mars 2026, trois éléments ont pesé bien plus lourd que la croissance affichée :
- La dépendance à une seule licence. Le marché a compris que l'essentiel de la croissance venait de Labubu, avec le risque de concentration que cela implique.
- La baisse du taux de distribution du dividende, ramené de 35 % à 25 %.
- Le refroidissement des prix sur le marché secondaire des produits Labubu, interprété comme le signal d'une normalisation de la demande.
4. Le semestriel du 20 août 2026 : là où ça se complique
- Chiffre d'affaires de 17,17 Md CNY (environ 2,55 Md$), en hausse de 23,8 % sur un an.
- Résultat net ajusté de 5,16 Md CNY, marge nette ajustée de 30 %, marge brute de 69,7 %.
- La ventilation géographique est le vrai sujet : la Grande Chine progresse de 47,3 % à 12,2 Md CNY, mais l'Asie-Pacifique hors Chine recule de 9,7 % à 2,58 Md CNY et les Amériques chutent de 16,5 % à 1,89 Md CNY. L'international dans son ensemble baisse de 11 %.
- La famille THE MONSTERS (Labubu) génère 4,45 Md CNY, soit 26 % du chiffre d'affaires total, contre 34,7 % un an plus tôt.
- Six licences dépassent chacune le milliard de yuans : The Monsters, Twinkle Twinkle, Crybaby, Dimoo, Skullpanda et Hirono.
- Wang Ning a prévenu en conférence téléphonique que l'objectif de croissance annuelle pourrait ne pas être atteint.
- Un programme de rachat d'actions a été annoncé : entre 2 et 5 Md CNY sur les six prochains mois.
5. Ce que fait la société pour sortir du piège de la mode
La direction affiche deux axes : mondialisation et diversification autour des licences. Concrètement :
- Un partenariat avec Sony Pictures pour développer un long-métrage Labubu (live-action et images de synthèse), annoncé en mars 2026.
- Le parc à thème Pop Land à Pékin (Chaoyang, 40 000 m²), qui a inauguré des zones Labubu et Dimoo, avec une fréquentation en hausse de plus de 100 % par rapport au trimestre précédent.
- Pop Bakery, la déclinaison pâtisserie, avec des corners en Chine, une première boutique à Aranya et une ouverture à Sentosa, Singapour.
- Des extensions produits vers la bijouterie, le textile et les collaborations de marque, plus un magasin de grande taille à Times Square.
- La présence de Labubu autour de la Coupe du monde de football (produits dérivés, cérémonie d'ouverture, finale).
6. Valorisation et consensus
Le titre se paie environ 14 fois les bénéfices, pour un bénéfice par action de l'ordre de 11 HK$. À première vue, c'est bon marché pour une société qui affiche 30 % de marge nette ajustée.
Le piège classique est là : un PER faible sur des bénéfices de pic n'est pas un PER faible. Si le résultat 2026-2027 se contracte, le multiple réel est bien plus élevé qu'il n'y paraît. C'est exactement ce que redoute Citi, qui a abaissé son objectif à 198 HK$ et anticipe désormais une baisse de 8 % du chiffre d'affaires du groupe sur l'ensemble de 2026, en pointant des difficultés opérationnelles larges : gestion des stocks, chaîne d'approvisionnement, logistique, exploitation des magasins.
Le consensus reste pourtant globalement positif : sur 27 analystes, la recommandation moyenne est à l'achat, avec un objectif à douze mois autour de 215 HK$. Mais les avis divergent nettement — J.P. Morgan a dégradé le titre à « vendre » le 21 août, tandis que Citi, CICC et Huatai maintiennent leur opinion positive. Autre détail parlant : Pop Mart figurait parmi les valeurs les plus vendues à découvert de Hong Kong, avec la particularité que les vendeurs à découvert y perdaient de l'argent — situation qui s'est retournée en 2026.
7. Les points de vigilance
- La question centrale reste binaire : mode passagère ou franchise durable ? L'histoire boursière des sociétés à produit viral (Funko, GoPro, Crocs à ses débuts) n'incite pas à l'optimisme béat, mais Sanrio avec Hello Kitty prouve qu'un personnage sans récit peut durer cinquante ans.
- Le marché secondaire de revente est l'indicateur avancé à surveiller, davantage que les publications trimestrielles.
- La saisonnalité : le second semestre concentre les fêtes et les lancements. Le prochain vrai juge de paix sera la publication annuelle de mars 2027.
- L'accès depuis la France : le titre se traite à Hong Kong (lot minimum imposé, horaires asiatiques, droit de timbre local). Il existe des ADR hors cote aux États-Unis (PMRTY, POPMF), mais avec une liquidité moindre et des écarts de cotation plus larges. Dans tous les cas, ce n'est pas éligible au PEA, et il faut ajouter un risque de change.
- Le risque « valeur chinoise » : gouvernance, réglementation, sentiment général sur les actifs chinois, qui peut faire varier le multiple indépendamment des résultats.
Pop Mart n'est pas une société en difficulté : elle est très rentable, elle génère du cash, elle rachète ses actions et elle diversifie activement. Le problème n'est pas l'entreprise, c'est le décalage entre ce que le marché avait payé en août 2025 et ce que la croissance réelle est capable de délivrer. Une action qui perd 55 % en un an tout en restant bénéficiaire, c'est très exactement la définition d'une compression de multiple.
Pour l'investisseur, la question à se poser n'est donc pas « Labubu est-il fini ? » mais « à quel multiple suis-je prêt à payer une société dont je ne sais pas si le bénéfice de 2025 était un plancher ou un plafond ? ». Tant que l'international reste orienté à la baisse, le doute reste légitime.
Des membres du forum sont positionnés dessus, ou l'ont été sur la hausse de 2025 ?
Ce message est proposé à titre pédagogique et informatif. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d'achat ou de vente. Les valeurs cotées à Hong Kong présentent des risques spécifiques (change, réglementation, liquidité). Investir en bourse comporte un risque de perte en capital. Faites vos propres recherches avant toute décision.