Sujet plus technique aujourd'hui, mais qui concerne beaucoup de monde ici, directement ou via des parents. La loi de finances 2026 a introduit la première limite d'âge du Plan d'épargne retraite depuis sa création par la loi PACTE en 2019. Et comme souvent, la mesure a été peu commentée alors qu'elle change complètement l'arbitrage pour les épargnants approchant la soixantaine.
Le point complet, avec les chiffres et surtout les stratégies qui restent ouvertes.
1. Ce que dit exactement le texte
Deux articles de la loi de finances 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026) modifient le régime du PER, avec application au 1er janvier 2026. La DGFiP a publié ses commentaires au BOFiP le 10 août 2026.
- Article 9 : les versements volontaires effectués à compter du 70e anniversaire du titulaire ne sont plus déductibles du revenu imposable. La mesure vise tous les PER sans distinction : individuel, collectif et obligatoire. L'épargne salariale versée sur un PER après 70 ans perd également son exonération.
- Article 10 : en contrepartie, le report des fractions non utilisées du plafond de déduction passe de trois à cinq ans.
D'abord, c'est la date du versement qui compte, pas la date d'ouverture du contrat. Un PER ouvert à 60 ans continue d'accueillir des versements déductibles jusqu'au 70e anniversaire, puis bascule.
Ensuite, les versements réalisés avant le 1er janvier 2026 conservent intégralement leur régime antérieur. La réforme n'est pas rétroactive.
L'objectif affiché est de recentrer le PER sur sa finalité initiale, la préparation de la retraite, et non l'optimisation fiscale ou la transmission.
2. Combien coûte concrètement la perte de la déduction
Le calcul est simple : la déduction valait votre tranche marginale d'imposition.
Prenons un versement annuel de 10 000 € :
- À une TMI de 30 % : 3 000 € d'économie d'impôt perdus chaque année.
- À une TMI de 41 % : 4 100 € perdus chaque année.
- À une TMI de 11 % : 1 100 € perdus.
Une nuance d'honnêteté toutefois, souvent absente des articles alarmistes : la déduction à l'entrée n'a jamais été un cadeau, c'est un report d'imposition. À la sortie en capital, la fraction correspondant aux versements déduits est réintégrée au barème de l'impôt sur le revenu, sans l'abattement de 10 % applicable aux pensions, et les gains sont taxés au prélèvement forfaitaire.
Le gain réel du PER n'a jamais été la déduction elle-même, mais l'écart entre votre TMI au moment du versement et votre TMI au moment du retrait. Pour un retraité déjà installé dans une tranche stable, cet écart était souvent faible, voire nul. La mesure fait donc surtout mal à ceux qui utilisaient le PER comme un outil de gommage fiscal ponctuel.
3. Le report à cinq ans : la contrepartie à ne pas laisser passer
C'est la partie constructive du texte, et elle est nettement sous-exploitée.
Chaque année, vous disposez d'un plafond de déduction égal à 10 % de vos revenus professionnels de l'année précédente, dans la limite de 38 448 € pour 2026. Si ce calcul est moins favorable, un plancher s'applique : 10 % du PASS de l'année précédente, soit 4 806 € pour 2026.
Ce plancher est le point clé. Il s'applique même sans aucun revenu professionnel. Un retraité de 66 ans qui n'a plus d'activité conserve donc environ 4 800 € de capacité de déduction chaque année.
Avec le report désormais porté à cinq ans, un épargnant peut cumuler les plafonds non consommés des cinq années précédentes plus celui de l'année en cours. Sur la base du plancher, cela représente environ 28 000 € de versement déductible en une seule fois.
À TMI 41 %, cela fait environ 11 500 € d'économie d'impôt. À TMI 30 %, environ 8 400 €.
D'où la stratégie évidente pour toute personne née entre 1957 et 1961 : faire le point sur ses plafonds disponibles avant son 70e anniversaire, et envisager un versement de rattrapage massif la dernière année. Les plafonds disponibles figurent sur votre avis d'imposition, dans la rubrique dédiée à l'épargne retraite.
Autre levier pour les couples mariés ou pacsés : la mutualisation des plafonds reste possible. Si l'un des conjoints a moins de 70 ans, il peut mobiliser la capacité de déduction du foyer sur son propre plan.
4. Ce qu'il reste du PER après 70 ans
Le plan n'est pas fermé, il n'est pas bloqué, et les sommes déjà présentes ne sont pas affectées. Vous pouvez continuer à verser, simplement sans avantage à l'entrée.
Ces versements basculent dans le régime dit « non déductible », qui a sa propre logique :
- À la sortie en capital, la fraction correspondant aux versements est exonérée d'impôt sur le revenu. Seules les plus-values sont taxées au prélèvement forfaitaire.
- En cas de sortie en rente viagère, la fraction imposable tombe à 30 % pour une rente mise en service à partir de 70 ans. C'est le taux le plus favorable du barème des rentes viagères à titre onéreux.
5. Le vrai piège est successoral, et il n'a pas changé
C'est le point le plus mal compris du dossier, et il mérite qu'on s'y arrête, parce qu'il est souvent bien plus coûteux que la perte de la déduction.
Pour un PER assurantiel, le capital est transmis hors succession civile aux bénéficiaires désignés, avec deux régimes possibles :
- Décès avant 70 ans, article 990 I du CGI : abattement de 152 500 € par bénéficiaire, puis prélèvement de 20 % jusqu'à 700 000 € de part nette et 31,25 % au-delà. Conjoint marié et partenaire de PACS totalement exonérés.
- Décès après 70 ans, article 757 B du CGI : abattement global de 30 500 €, tous bénéficiaires et tous contrats confondus, puis droits de succession selon le lien de parenté.
Première subtilité : c'est l'âge au décès qui compte, pas la date des versements. C'est une différence majeure avec l'assurance-vie, où le basculement dépend de l'âge auquel chaque prime a été versée. Sur un PER assurantiel, un titulaire qui a tout versé à 45 ans mais qui décède à 71 ans fait basculer l'intégralité du plan sous le régime des 30 500 €. On ne peut pas « sécuriser » le régime favorable en versant tôt.
Seconde subtilité : sous l'article 757 B, l'assiette taxable du PER est plus large que celle de l'assurance-vie. Sur un contrat d'assurance-vie, les produits générés par les primes versées après 70 ans restent en principe exonérés. Sur un PER, c'est la totalité de l'épargne constituée, versements et gains compris, qui entre dans l'assiette après l'abattement de 30 500 €.
Enfin, pour un PER bancaire, il n'existe aucun abattement spécifique : le capital réintègre purement et simplement la succession et suit les droits de droit commun.
Conséquence pratique : passé 70 ans, l'assurance-vie l'emporte assez nettement sur le PER pour un objectif de transmission. Et pour ceux qui approchent de cet âge avec un PER assurantiel bien garni, la question de la liquidation avant 70 ans, avec bascule du capital vers une assurance-vie, mérite d'être posée à un professionnel — sachant qu'elle déclenche l'imposition de sortie et qu'elle n'est donc pas gratuite.
6. Le troisième changement, passé quasiment inaperçu
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a relevé la CSG sur les revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %, portant les prélèvements sociaux à 18,6 %. Le PER est concerné, et la DGFiP a confirmé en janvier 2026 que cela vaut pour tous les plans, bancaires comme assurantiels.
Le prélèvement forfaitaire applicable aux gains du PER passe donc de 30 % à 31,4 %. L'assurance-vie, elle, a été explicitement exclue de cette hausse et reste à 17,2 %.
Sur ce point aussi, l'écart se creuse en défaveur du PER.
7. Que faire selon votre situation
- Moins de 60 ans : rien d'urgent, mais notez que le report à cinq ans vous donne davantage de souplesse pour lisser vos versements sur les années à forte imposition.
- Entre 60 et 69 ans : c'est la fenêtre critique. Récupérez vos plafonds disponibles sur votre avis d'imposition et planifiez vos versements avant le 70e anniversaire. C'est la dernière occasion de capter la déduction, et le report élargi la rend nettement plus intéressante.
- Plus de 70 ans avec un PER existant : ne versez plus dessus sans raison précise. Les sommes déjà investies restent en place et continuent de travailler. Vérifiez en revanche la rédaction de votre clause bénéficiaire, et vérifiez si votre plan est bancaire ou assurantiel, ce qui change tout au décès.
- Plus de 70 ans sans PER : l'ouverture n'a plus grand intérêt. Une assurance-vie sur un contrat à frais réduits fait mieux sur presque tous les critères, avec en prime la liquidité.
La réforme ne tue pas le PER, elle le recentre. Elle supprime son usage comme outil de défiscalisation tardive et de transmission, tout en offrant une contrepartie réelle avec le report à cinq ans, qui permet un rattrapage significatif avant 70 ans.
Le message pratique tient en une phrase : si vous avez entre 62 et 69 ans et des plafonds de déduction dormants, vous avez une fenêtre qui se referme définitivement, et il est temps de sortir votre avis d'imposition.
Quelqu'un ici a déjà fait le calcul de ses plafonds reportables ? Je serais curieux de savoir si le passage de trois à cinq ans change réellement la donne dans des cas concrets.
Ce message est proposé à titre pédagogique et informatif. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni un conseil fiscal, patrimonial ou successoral personnalisé, et je ne suis ni notaire ni conseiller en gestion de patrimoine. Les règles décrites correspondent à l'état du droit connu à la date de rédaction et sont susceptibles d'évoluer, notamment avec la loi de finances 2027. Les arbitrages évoqués comportent des conséquences fiscales irréversibles : rapprochez-vous d'un professionnel avant toute décision.

