D'abord, comprendre ce qu'on obtient (et ce qu'on n'aura pas)
Depuis MiFID II, la recherche sell-side est facturée séparément aux clients institutionnels. Résultat : ce que les banques publient gratuitement est une vitrine, pas le produit complet. Concrètement :
- Ce qui est accessible : macro, stratégie taux/changes, commentaires quotidiens de marché, scénarios économiques, allocations d'actifs, outlooks trimestriels et annuels.
- Ce qui ne l'est pas : les notes sur valeurs individuelles avec objectifs de cours, les modèles financiers détaillés, les flux clients, les notes « high conviction » envoyées aux desks.
Court terme : le flux quotidien
C'est là que la matière est la plus abondante, notamment côté taux et devises, parce que les banques de financement s'en servent comme outil commercial auprès des corporates.
- ING Think (think.ing.com) — la meilleure ressource gratuite, sans inscription. Publication plusieurs fois par jour : FX daily, notes taux, réaction aux statistiques. Ton institutionnel, mais lisible.
- Danske Bank Research (research.danskebank.com) — inscription gratuite. Le « Danske Daily » est une référence pour ouvrir la journée européenne.
- Nordea (nordea.com, rubrique news & insights) — macro nordique et globale, très propre sur les taux.
- Rabobank Research — solide sur le change, les matières premières agricoles et le crédit.
- Commerzbank Research et Deutsche Bank Research (dbresearch.com) — une partie du contenu est en accès libre après inscription.
- Saxo Bank (home.saxo, rubrique insights) et Swissquote — commentaires quotidiens orientés trading, plus courts et plus directs.
Moyen terme : hebdo et mensuel
C'est le niveau le plus utile pour un investisseur particulier, parce qu'il donne le cadre dans lequel s'inscrivent les mouvements de court terme.
- Crédit Agricole Études Économiques (etudes-economiques.credit-agricole.com) — en français, gratuit, avec un « Hebdo de l'ÉCO » très digeste et des scénarios macro détaillés.
- BNP Paribas Economic Research — EcoWeek, EcoPerspectives, également en français.
- Natixis Research (research.natixis.com) — inscription gratuite, tradition de recherche macro forte.
- Allianz Research / Allianz Trade — excellent sur le risque crédit, les défaillances d'entreprises et le commerce mondial.
- BBVA Research, CaixaBank Research, SEB, Swedbank, Handelsbanken — gratuits et souvent sous-estimés en France.
- BlackRock Investment Institute — commentaire hebdomadaire d'allocation, court et structuré.
- Amundi Research Center, AXA IM, Schroders, Pictet, Carmignac, Ostrum — outlooks mensuels et trimestriels, avec des positionnements assumés.
Long terme : les hypothèses de rendement
Peu connue des particuliers, c'est pourtant la partie la plus précieuse de la recherche gratuite : les grandes maisons publient chaque année leurs anticipations de rendement à 5, 7 ou 10 ans par classe d'actifs, avec la méthodologie.
- J.P. Morgan Asset Management — « Long-Term Capital Market Assumptions », publiées chaque automne. Référence du secteur. Le « Guide to the Markets » trimestriel de la même maison est également gratuit et probablement le meilleur jeu de graphiques macro disponible sans payer.
- Robeco — « Expected Returns », horizon 5 ans, très documenté.
- PIMCO — « Secular Outlook » (3-5 ans) et « Cyclical Outlook » (6-12 mois), gratuits et signés par les gérants eux-mêmes.
- Vanguard — perspectives économiques et de marché à 10 ans, issues de leur modèle VCMM.
- Research Affiliates — simulateur interactif gratuit de rendements attendus par classe d'actifs.
- UBS Chief Investment Office — « Year Ahead » annuel, plus une partie de la House View en accès libre.
La matière première : banques centrales et institutions
À ne pas négliger, parce que c'est la source à laquelle les banques elles-mêmes se réfèrent, et qu'elle est intégralement gratuite.
- BCE — bulletin économique, projections trimestrielles, Survey of Professional Forecasters.
- Fed — Beige Book, Summary of Economic Projections (les fameux « dots »), et la base FRED de la Fed de Saint-Louis.
- Banque de France — publications, projections macro, points de conjoncture.
- BRI (BIS) — Quarterly Review, la meilleure lecture existante sur la plomberie des marchés.
- FMI — World Economic Outlook et Global Financial Stability Report, deux fois par an.
- CFTC — rapport COT hebdomadaire sur le positionnement des grands intervenants.
Les podcasts, angle mort des banques américaines
Goldman Sachs, Morgan Stanley et J.P. Morgan ne diffusent pas leurs notes, mais leurs analystes commentent librement au micro. C'est du contenu institutionnel gratuit, simplement dans un autre format.
- « Goldman Sachs Exchanges » — thèmes macro et marchés, plusieurs épisodes par semaine.
- « Thoughts on the Market » (Morgan Stanley) — format court, quotidien, avec les stratèges maison.
- « UBS Trending » et les podcasts de Deutsche Bank Research — plus inégaux mais parfois très pointus.
Comment s'organiser sans se noyer
Le piège classique est de s'abonner à quinze newsletters et de n'en lire aucune. Une organisation qui fonctionne :
- Une source quotidienne unique pour le contexte du matin (ING Think ou Danske Daily).
- Deux ou trois sources hebdomadaires pour le cadre macro, dont au moins une en français.
- Les publications trimestrielles et annuelles à lire en profondeur, agenda en main, au moment où elles sortent.
- Un agrégateur RSS pour éviter la saturation de la boîte mail — Feedly ou Inoreader font parfaitement l'affaire, la plupart de ces sites exposent un flux.
Et les biais, dans tout ça
Dernier point, qui me semble le plus important. Cette recherche est gratuite parce qu'elle sert un objectif : elle vend un service, elle défend un positionnement, elle rassure des clients. Quelques réflexes utiles :
- Un gérant qui publie ses perspectives est rarement neutre sur les actifs qu'il détient.
- Les prévisions de fin d'année sur les indices sont, statistiquement, de mauvaise qualité. Ce qui vaut la peine d'être lu, c'est le raisonnement, pas le chiffre.
- Croiser systématiquement au moins deux maisons aux vues divergentes. Le désaccord entre banques est souvent plus instructif que le consensus.
- La valeur ajoutée pour un particulier est surtout dans la compréhension des mécanismes, pas dans la reprise des signaux. Personne n'a jamais gagné en copiant un objectif de cours publié trois semaines plus tôt.

