Futures sur indices : carnets lourds vs carnets légers, et pourquoi ça change tout dans votre trading

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Denisaxm

Futures sur indices : carnets lourds vs carnets légers, et pourquoi ça change tout dans votre trading

#1 Message par Denisaxm »

Bonjour à tous,

Suite au précédent message sur ce qui fait bouger les indices, je voudrais aborder un sujet très concret, qui explique pourquoi deux indices qui évoluent dans le même sens peuvent se trader de façon totalement différente : la "texture" du carnet d'ordres de leur contrat future.

Ceux qui ont déjà passé du temps devant le carnet du FESX (Euro Stoxx 50) puis devant celui du FDAX (DAX) ont forcément ressenti la différence : d'un côté, un prix qui avance lentement, marche par marche, avec des centaines de contrats empilés à chaque niveau ; de l'autre, un prix qui saute plusieurs points d'un coup, avec parfois seulement quelques contrats par niveau.

1. D'où vient la différence entre carnet lourd et carnet léger ?

Ce n'est pas qu'une question de volume échangé. Deux facteurs se combinent :
  • La taille du tick rapportée au prix : le tick, c'est le plus petit écart de prix autorisé. Si ce tick est "gros" par rapport au niveau de l'indice et à ses mouvements habituels, les ordres n'ont que peu de niveaux de prix disponibles et s'empilent en grosses files d'attente. S'il est "petit", les ordres s'éparpillent sur beaucoup de niveaux, chacun peu garni.
  • La liquidité globale du contrat : à tick équivalent, un contrat très traité aura évidemment des files plus fournies qu'un contrat confidentiel.
Exemple parlant : le FESX et le FDAX ont tous les deux un tick de 1 point d'indice. Mais le DAX cote plusieurs fois plus haut que l'Euro Stoxx 50 en points. Un point de DAX représente donc un mouvement relatif bien plus petit qu'un point d'Euro Stoxx 50. Résultat : sur une séance, le FDAX parcourt beaucoup plus de ticks que le FESX, et ses ordres sont répartis sur beaucoup plus de niveaux.

En microstructure, on parle d'actifs "large tick" (carnet lourd) et "small tick" (carnet léger). C'est exactement la distinction qu'on ressent à l'écran.

2. Les carnets lourds : Euro Stoxx 50, S&P 500 et consorts
  • FESX (Euro Stoxx 50, Eurex) : 10 € par point, tick de 1 point = 10 €. Le contrat européen de référence, le plus traité d'Eurex sur actions. Carnet très épais, spread presque toujours à 1 tick.
  • ES (E-mini S&P 500, CME) : 50 $ par point, tick de 0,25 point = 12,50 $. Probablement le future sur indice le plus liquide au monde. Le tick n'est pas si gros en relatif, mais la liquidité est telle que les files d'attente restent énormes.
  • FESB (Euro Stoxx Banks, Eurex) : 50 € par point, tick de 0,05 point = 2,50 €. Peu connu du grand public, mais très traité par les institutionnels pour jouer ou couvrir le secteur bancaire européen. Carnet lourd typique.
Ce qu'on observe sur ces carnets :
  • Le prix avance "par paliers" : il faut consommer toute une file d'attente pour passer au niveau suivant.
  • Le glissement (slippage) sur les stops est rare, sauf lors d'annonces majeures.
  • La position dans la file d'attente compte énormément : poser un ordre limite ne garantit pas du tout d'être exécuté, même si le prix touche votre niveau.
  • La lecture du carnet (DOM) a une vraie valeur : on voit les absorptions, les déséquilibres entre acheteurs et vendeurs sur les meilleures limites, les files qui fondent avant une cassure.
  • Le revers de la médaille : gratter quelques ticks est difficile, le marché peut sembler "collé" pendant de longues phases.
3. Les carnets légers : DAX, Nasdaq 100 et autres
  • FDAX (DAX, Eurex) : 25 € par point, tick de 1 point = 25 €. Existent aussi le Mini-DAX (FDXM, 5 € par point) et le Micro-DAX (FDXS, 1 € par point). Le terrain de jeu historique des scalpeurs européens, justement pour son amplitude.
  • NQ (E-mini Nasdaq 100, CME) : 20 $ par point, tick de 0,25 point = 5 $. Micro : MNQ à 2 $ par point. L'indice cote très haut, le tick est minuscule en relatif : carnet fin, mouvements rapides.
  • YM (E-mini Dow, CBOT) : 5 $ par point, tick de 1 point. Carnet plutôt fin en nombre de lots, mais contrat moins nerveux que le NQ.
  • RTY (E-mini Russell 2000, CME) : 50 $ par point, tick de 0,10 point = 5 $. Entre les deux, avec des phases de liquidité assez variables.
Ce qu'on observe sur ces carnets :
  • Le prix peut sauter plusieurs ticks d'un coup, sans cotation intermédiaire.
  • Le glissement sur les ordres stop est fréquent, et peut devenir important en période de news.
  • Le carnet affiché est moins fiable : les ordres apparaissent et disparaissent très vite, beaucoup de liquidité n'est pas visible ou est retirée à l'approche du prix.
  • La lecture des transactions réellement exécutées (footprint, delta cumulé) est souvent plus parlante que la lecture du carnet lui-même.
  • Avantage : l'amplitude en ticks est énorme, ce qui laisse beaucoup de place pour des trades courts.
4. Les intermédiaires
  • CAC 40 (Euronext) : 10 € par point, tick de 0,5 point = 5 €. Carnet correct pendant la séance, mais sans commune mesure avec le FESX. Nettement plus fin en dehors des heures de cotation des actions.
  • FTSE 100 (ICE Futures Europe) : 10 £ par point, tick de 0,5 point. Plutôt calme, carnet honnête.
  • SMI (Eurex) : 10 CHF par point, tick de 1 point. Indice très défensif, carnet moyen.
5. Les futures méconnus du grand public mais importants pour les pros

C'est la partie que les particuliers ignorent souvent, alors que ces contrats pèsent lourd dans les flux :
  • Stoxx Europe 600 (FXXP, Eurex) : 50 € par point, tick de 0,1 point = 5 €. C'est l'indice de référence de nombreux gérants européens, bien plus que l'Euro Stoxx 50 qui ne couvre que la zone euro. Particularité : une grosse partie des volumes passe hors carnet, en blocs négociés de gré à gré puis enregistrés sur Eurex. Le carnet visible paraît donc bien plus mince que l'intérêt réel du marché.
  • Futures sectoriels Stoxx 600 et Euro Stoxx (banques, énergie, assurances, automobile, technologie…) : utilisés pour les rotations sectorielles et les couvertures. Le FESB (banques) est de loin le plus actif.
  • MSCI World et MSCI Emerging Markets (sur Eurex et ICE) : outils des allocataires globaux. Peu de mouvements spéculatifs, beaucoup de rééquilibrages.
  • Russell 2000 et S&P MidCap 400 : pour jouer les petites et moyennes capitalisations américaines, souvent utilisées comme baromètre de l'économie domestique américaine et de la sensibilité aux taux.
  • Futures sur dividendes de l'Euro Stoxx 50 (FEXD) : on y traite la somme des dividendes versés par les 50 sociétés sur une année donnée. Marché très institutionnel mais très instructif : il reflète ce que les pros anticipent sur les bénéfices distribués.
  • Futures sur volatilité : VIX (CBOE) et VSTOXX (Eurex) : on ne trade pas l'indice lui-même mais sa volatilité implicite. Indispensables pour comprendre le sentiment de marché, dangereux à manipuler sans bien maîtriser la structure par terme.
  • Total Return Futures sur Euro Stoxx 50 : utilisés par les banques pour gérer le coût de financement des positions indicielles. Aucun intérêt pour le trading directionnel, mais ils montrent à quel point l'écosystème des futures dépasse largement le simple "achat/vente de l'indice".
6. Contrats micro et mini : attention au carnet

Les contrats micro (MES, MNQ, Micro-DAX…) sont très pratiques pour un particulier, car ils permettent d'ajuster finement la taille de position. Mais ils ont leur propre carnet, beaucoup plus fin que celui du contrat principal. Leur prix reste aligné grâce à l'arbitrage, mais sur un mouvement rapide, l'exécution peut être moins bonne que ce que laisse penser le contrat "standard".

Autre point : la lecture du carnet d'ordres se fait toujours sur le contrat principal. C'est là qu'est la vraie liquidité.

7. Et les CFD dans tout ça ?

Si vous tradez le GER40, l'EU50, le NAS100 ou l'US500 en CFD, vous n'avez pas accès au carnet : votre broker vous propose un prix dérivé du future (ou du comptant pendant les heures de cotation des actions). Mais la nature du carnet sous-jacent se ressent quand même :
  • Un CFD sur un indice à carnet léger (DAX, Nasdaq) aura des mouvements plus heurtés et un glissement plus fréquent sur les stops lors des annonces.
  • En dehors des heures principales, quand le carnet du future se vide, les spreads des CFD s'écartent souvent nettement.
  • Connaître le contrat future de référence vous aide à comprendre pourquoi votre CFD se comporte comme il se comporte.
8. Les moments où la liquidité change de visage
  • Horaires : les futures Eurex cotent de tôt le matin jusqu'à 22h, ceux du CME presque 23h sur 24 en semaine. Mais la vraie profondeur de carnet est concentrée sur les heures de cotation des actions : 9h à 17h30 pour l'Europe, 15h30 à 22h heure de Paris pour les États-Unis.
  • Roulements d'échéance : les contrats trimestriels (mars, juin, septembre, décembre) voient leur liquidité migrer vers l'échéance suivante environ une semaine avant l'expiration. Pendant cette période, les deux carnets sont moins épais qu'à l'habitude.
  • Annonces macro : dans les secondes qui précèdent un chiffre d'inflation ou une décision de banque centrale, les teneurs de marché retirent leurs ordres. Même un carnet lourd comme celui du FESX ou de l'ES devient temporairement léger.
En résumé
  • Carnet lourd (FESX, ES, FESB) : exécution fiable, lecture du carnet pertinente, mais marché qui "colle" et files d'attente à gérer.
  • Carnet léger (FDAX, NQ) : amplitude et opportunités, mais glissement, carnet trompeur et risque accru sur les stops.
  • Contrats institutionnels (Stoxx 600, MSCI, dividendes, volatilité) : moins adaptés au trading actif, mais précieux pour comprendre où va réellement l'argent des gérants.
Choisir son indice, ce n'est donc pas seulement choisir une zone géographique ou une tendance : c'est aussi choisir un style d'exécution. Un scalpeur qui lit le carnet ne travaillera pas le FDAX comme le FESX, et un swing trader qui pose des stops larges n'aura pas les mêmes problèmes sur le NQ que sur l'ES.

Les caractéristiques des contrats (multiplicateurs, ticks, horaires) peuvent évoluer : vérifiez toujours les spécifications à jour sur les sites d'Eurex, du CME, d'Euronext ou d'ICE avant de trader.

Et vous, quel type de carnet préférez-vous ? Certains d'entre vous sont-ils passés du FDAX au FESX (ou l'inverse) et ont dû adapter leur façon de trader ? Vos retours m'intéressent.

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