Rappel rapide des principaux ratios
- Ratio de Sharpe : rendement au-delà du taux sans risque, divisé par la volatilité. Il mesure le rendement obtenu par unité de risque. C'est la référence du secteur, toujours exprimé en base annuelle.
- Profit factor : somme des gains divisée par la somme des pertes. Au-dessus de 1, la stratégie gagne de l'argent.
- Taux de réussite et ratio gain/perte : pourcentage de trades gagnants, et taille moyenne d'un gain comparée à celle d'une perte.
- Drawdown maximal : la plus forte baisse entre un sommet et un creux de la courbe de capital.
- Statistique t : elle indique si la performance est statistiquement significative ou si elle peut s'expliquer par le hasard.
- Renaissance Technologies, fonds Medallion : le fonds le plus performant de l'histoire. De 1988 à 2018, il n'a jamais connu une seule année négative, avec un rendement annuel moyen brut de 66 % (environ 39 % net après des frais très élevés) et une volatilité d'environ 32 %, soit un Sharpe supérieur à 2. Entre 1993 et 2005, il n'a enregistré que 17 mois de perte sur 148, et seulement 3 trimestres négatifs sur 49. Particularité étonnante : sa performance a été négativement corrélée au marché actions, avec un bêta d'environ -1.
- Les grandes plateformes multi-gérants (Millennium, Citadel) : sur la période 2012-2022, une étude estime leur ratio de Sharpe autour de 2,5. Leur force vient de la diversification : des centaines d'équipes de gestion indépendantes, peu corrélées entre elles, avec des règles de risque très strictes. Sur l'année exceptionnelle 2021, Millennium aurait affiché un Sharpe proche de 4,8, avec environ 61 % de journées gagnantes.
2. La moyenne des hedge funds : beaucoup plus modeste
- Le hedge fund moyen : selon les études et les périodes, son ratio de Sharpe se situe entre 0,6 et 0,9 environ.
- Le marché actions pour comparaison : sur 2000-2023, l'ETF SPY sur le S&P 500 a affiché un Sharpe d'environ 0,34, avec un drawdown maximal de -55 %.
Les CTA sont des fonds qui tradent principalement des futures, souvent de façon systématique. Ce sont probablement les meilleurs points de comparaison pour un trader particulier.
- L'indice SG CTA (les plus grands CTA) : Sharpe d'environ 0,5 à 0,6 depuis 2000, avec une volatilité proche de 9 % et un drawdown maximal d'environ -16 %.
- L'indice SG Trend (suiveurs de tendance) : Sharpe d'environ 0,4 sur 2000-2023, avec une volatilité d'environ 14 % et un drawdown maximal de -23 %.
- Sur le très long terme : la société de gestion française CFM a testé une stratégie de suivi de tendance générique sur plus de 200 ans de données, et obtient un Sharpe d'environ 0,7. Elle observe aussi que les CTA qui durent dans le temps convergent vers un Sharpe d'environ 0,5.
4. Taux de réussite et profit factor : deux familles de stratégies
Les fonds publient rarement leur profit factor, mais on connaît les profils typiques des deux grandes familles de CTA :
- Suiveurs de tendance (moyen terme) : environ 35 à 40 % de trades gagnants, mais des gains moyens 2 à 3 fois plus importants que les pertes moyennes. Le profil de rendement ressemble à un achat d'options : beaucoup de petites pertes, et quelques gros gains qui font la performance.
- Traders de court terme (positions de moins de 10 jours) : environ 50 à 60 % de trades gagnants, avec des gains et des pertes de taille comparable (ratio de 1 à 1,3 environ). La qualité d'exécution est ici déterminante.
- Suiveur de tendance typique (37,5 % de réussite, gains 2,5 fois plus gros) : profit factor d'environ 1,5. Dans la fourchette, il varie d'environ 1,1 à 2.
- Trader court terme typique (55 % de réussite, gains 1,15 fois plus gros) : profit factor d'environ 1,4. Dans la fourchette, il varie d'environ 1 à 1,9.
5. La statistique t : la question qu'on oublie toujours
Une règle simple relie le Sharpe annuel à la significativité statistique : la statistique t est environ égale au Sharpe multiplié par la racine carrée du nombre d'années. Pour être considéré comme significatif, on vise en général un t supérieur à 2.
Cela donne des durées minimales assez surprenantes pour prouver qu'une stratégie n'est pas le fruit du hasard :
- Sharpe de 0,5 : environ 16 ans de données nécessaires pour atteindre t = 2.
- Sharpe de 1 : environ 4 ans.
- Sharpe de 2 : environ 1 an.
6. Les pièges de ces comparaisons
- Le biais du survivant : on ne parle que des fonds qui ont réussi. Les milliers de fonds qui ont fermé après de mauvais résultats disparaissent des statistiques.
- Brut ou net de frais : l'écart peut être énorme (66 % contre 39 % pour Medallion). Les ratios d'un particulier doivent être calculés après tous ses frais.
- Le Sharpe peut être trompeur : une stratégie de type martingale ou vente d'options affiche un Sharpe magnifique... jusqu'au jour où elle saute. Le Sharpe ne voit pas les risques de queue qui ne se sont pas encore produits.
- Un backtest n'est pas un historique réel : un Sharpe obtenu en backtest est presque toujours surestimé. Il est prudent de le diviser par deux pour estimer ce qu'il donnera en réel.
- La taille compte : un particulier peut exploiter de petites inefficiences inaccessibles à un fonds de plusieurs milliards. Mais il n'a ni la même exécution, ni les mêmes coûts, ni la même diversification.
À titre indicatif, pour un historique réel (et non un backtest), après frais :
- Sharpe inférieur à 0,5 : faible, à peine au-dessus d'un placement indiciel en termes de rendement ajusté du risque.
- Sharpe de 0,5 à 1 : correct, comparable aux bons CTA sur le long terme.
- Sharpe de 1 à 2 : très bon, niveau des meilleurs fonds sur une stratégie isolée.
- Sharpe supérieur à 2 : exceptionnel. En backtest, c'est surtout un signal d'alerte : suroptimisation, coûts oubliés, biais dans le code ou risque de queue caché.
En résumé
Les meilleurs fonds du monde affichent des Sharpe de 2 à 2,5, mais ce sont des exceptions qui reposent sur des moyens hors normes ou sur l'agrégation de centaines de stratégies. Les fonds de trading systématique solides tournent plutôt autour de 0,5 à 0,7 sur le long terme, avec des profit factors de 1,2 à 1,5 et des drawdowns de 15 à 25 %. Si votre backtest affiche un Sharpe de 3 et un profit factor de 4, ce n'est probablement pas que vous avez battu Renaissance Technologies : c'est qu'il faut revoir le backtest.
Et vous ?
Quels sont les ratios de vos stratégies en réel, et quels écarts avez-vous constatés entre vos backtests et vos résultats réels ?

