1. Le marché : une année difficile, un rebond récent
- Une forte correction : après un record au-dessus de 126 000 dollars début octobre 2025, le Bitcoin a reculé jusqu'à environ 60 000 dollars au cours de 2026. Il est remonté autour de 86 000 dollars début octobre, mais reste encore en baisse d'environ 28 % sur un an.
- Trois trimestres de baisse consécutifs : le deuxième trimestre 2026 a marqué la plus longue série de baisses trimestrielles depuis le marché baissier de 2022. En cause : une rotation des capitaux institutionnels vers les actions liées à l'IA, les tensions géopolitiques et des sorties record des ETF crypto.
- Un rebond estival : le Bitcoin a gagné environ 44 % en trois mois, porté notamment par le retour d'importantes entrées dans les ETF fin septembre.
- Un contexte macro pesant : avec des taux longs américains au plus haut depuis 2002, les actifs sans rendement comme le Bitcoin sont moins attractifs. Les décisions de la Fed restent un facteur majeur pour les semaines à venir.
- Des flux devenus volatils : les ETF Bitcoin au comptant américains ont enregistré au premier semestre 2026 environ 5,4 milliards de dollars de sorties nettes, une première depuis leur lancement.
- De nouveaux ETF : le marché ne se limite plus au Bitcoin et à l'Ethereum. Les ETF sur Solana sont devenus l'une des catégories les plus dynamiques de l'année, et les ETF sur XRP approchaient 1,5 milliard de dollars d'actifs début septembre.
Les entreprises cotées qui accumulent du Bitcoin dans leur bilan, à l'image de Strategy (ex-MicroStrategy), traversent une période plus compliquée. Leur modèle repose sur l'émission d'actions à un prix supérieur à la valeur de leurs cryptos détenues, mais cette prime s'est fortement réduite. Par ailleurs, le fournisseur d'indices MSCI mène une consultation qui pourrait exclure de ses indices les sociétés jugées "non opérationnelles", et des entreprises comme Strategy ou Metaplanet sont citées parmi celles potentiellement concernées. Une exclusion entraînerait des ventes mécaniques de la part des fonds indiciels.
4. Les stablecoins deviennent une infrastructure financière
C'est probablement la tendance de fond la plus importante.
- Une taille considérable : la capitalisation totale des stablecoins dépasse les 300 milliards de dollars, mais elle stagne globalement entre 290 et 310 milliards depuis plusieurs mois, signe d'une phase de maturité après une forte croissance.
- Le cadre américain se met en place : la loi GENIUS, adoptée en juillet 2025, entrera en vigueur au plus tard le 18 janvier 2027. Elle interdit notamment aux émetteurs de stablecoins de verser directement des intérêts aux détenteurs.
- La bataille du rendement : conséquence de cette interdiction, la concurrence se déplace vers les stablecoins "à rendement" et les solutions alternatives, tandis que les grandes banques développent leurs propres dépôts tokenisés.
- Une menace prise au sérieux : selon le FMI, l'adoption de la loi GENIUS a fait perdre environ 18 % de leur valeur boursière aux acteurs traditionnels du paiement, soit environ 300 milliards de dollars, avec une baisse de 27 % pour les spécialistes des paiements internationaux. Les marchés considèrent donc les stablecoins comme un vrai concurrent.
- Une croissance rapide : la valeur des actifs réels tokenisés (hors stablecoins) atteignait environ 33,5 milliards de dollars mi-2026, près de quatre fois plus qu'un an plus tôt. Les bons du Trésor et fonds monétaires tokenisés représentent près de la moitié de ce total.
- Les actions tokenisées décollent : en juin, les volumes de négociation d'actions tokenisées ont bondi de 145 % pour atteindre un record de 3,86 milliards de dollars, portés par l'introduction en bourse de SpaceX. La blockchain Solana a capté près de 79 % de ces volumes sur les plateformes décentralisées.
- Mais une intégration encore limitée : seuls 10 % environ de ces actifs tokenisés sont réellement utilisés dans la DeFi, et les prêts garantis par ces actifs restent proches d'un milliard de dollars. L'infrastructure existe, l'usage reste à construire.
La finance décentralisée prend un virage plus institutionnel : protocoles de prêt conçus pour les professionnels, intégration d'actifs réels comme garanties, exigences de conformité. Les rendements spectaculaires des années précédentes laissent place à des produits plus proches de la finance traditionnelle, avec des montants plus importants mais des promesses plus modestes.
7. En Europe : la fin de la période de transition MiCA
C'est un changement majeur pour les investisseurs français.
- Fin du régime PSAN : depuis le 1er juillet 2026, seules les plateformes disposant d'un agrément européen MiCA (PSCA, ou CASP en anglais) peuvent proposer leurs services en France. Le statut PSAN français a disparu, et fournir des services crypto sans agrément est désormais un délit.
- Un grand tri : une partie des anciens PSAN n'a pas obtenu l'agrément à temps et a dû cesser ses activités. Même de très grands acteurs ont été concernés : Binance a ainsi indiqué à ses utilisateurs français fin juin qu'aucune entité du groupe n'obtiendrait l'agrément MiCA dans les délais.
- Un passeport européen : un agrément obtenu dans n'importe quel pays de l'Union permet d'opérer dans les 27 États membres. Beaucoup de plateformes servent donc les clients français depuis un agrément obtenu ailleurs (Irlande, Autriche, Malte...).
- La transparence fiscale : depuis le 1er janvier 2026, la directive européenne DAC8 oblige les plateformes agréées à transmettre les données de transactions de leurs clients aux administrations fiscales.
8. D'autres tendances à suivre
- Les marchés prédictifs : souvent liés à l'écosystème crypto, ils ont connu une croissance explosive mais sont interdits en France (voir notre sujet dédié).
- Les agents IA : plusieurs plateformes, dont Coinbase, permettent désormais à des agents d'intelligence artificielle de réaliser des transactions pour le compte de leurs utilisateurs, avec des limites de montants et des comptes séparés.
- Les déblocages de jetons : de nombreux projets libèrent régulièrement des jetons détenus par les fondateurs et investisseurs initiaux. Ces déblocages peuvent créer une pression vendeuse importante et méritent d'être surveillés.
Le secteur crypto vit en 2026 un paradoxe : les prix ont fortement corrigé et les flux spéculatifs se sont taris, mais l'intégration dans la finance traditionnelle n'a jamais été aussi rapide. Stablecoins réglementés, tokenisation d'actifs réels, ETF diversifiés, cadre européen MiCA : les fondations se construisent pendant que les prix stagnent. Pour l'investisseur, cela signifie aussi un environnement plus encadré, avec moins de plateformes autorisées et une transparence fiscale accrue.
Et vous ?
Comment vivez-vous cette année 2026 sur les cryptos ? Avez-vous dû changer de plateforme avec la fin de la période MiCA ? Et quelle tendance vous paraît la plus prometteuse : stablecoins, tokenisation, DeFi, ou le Bitcoin "réserve de valeur" ?

